Le premier qualificatif qui vient à l’esprit, c’est sa détermination. «Roxana est une bosseuse. Pas du tout le genre tête brûlée, mais plutôt appliquée et discrète», confie un de ses amis, qui préfère taire son nom. Comme la plupart de ses proches, il peine à comprendre les accusations d’espionnage qui pèsent aujourd’hui sur la reporter indépendante irano-américaine, dont le procès a démarré lundi à Téhéran.

Belle, jeune, appréciée de ses multiples rédacteurs en chef, Roxana Saberi, 31 ans, regardait vers l’avenir avec confiance. Jusqu’à cette arrestation inattendue, à la fin du mois de janvier, alors même que Washington s’efforçait d’ouvrir la voie à un rapprochement avec Téhéran. «C’est déroutant. A se demander si Roxana n’est pas l’otage d’une tractation irano-américaine dont nous ne maîtrisons pas les enjeux», se désole le même ami.

Destination idéale

Quand elle débarque en Iran, en février 2003, Roxana n’a qu’une idée en tête: réaliser son rêve de devenir reporter. Née à Fargo, dans le Dakota du Nord, aux Etats-Unis, elle est diplômée en journalisme. En 1997, son charme et sa silhouette élancée lui valent le titre de Miss Dakota.

Ambitieuse, la jeune femme refuse de se contenter de ce trophée. Elle veut voyager, découvrir le monde, et fuir les hivers froids de son Dakota natal où rien ne se passe. Sa mère est Japonaise. Son père, Iranien, l’a toujours bercé avec de vieilles légendes sur les poètes perses. Téhéran, alors à la une de l’actualité, s’impose comme «la» destination idéale pour combiner carrière professionnelle et quête personnelle de ses origines.

Rencontré lors d’un voyage à Washington, Simon Marks, le président de Feature Story News (FSN), une agence de presse télévisée américaine, lui donne sa chance. Il l’embauche comme correspondante en Iran. «Elle s’est révélée d’une grande efficacité», confie-t-il au quotidien The Los Angeles Times. «Elle s’est complètement intégrée à l’Iran et s’est mise à voyager à travers le pays.» Très vite, elle aspire à voler de ses propres ailes, et démissionne pour offrir ses services à différents médias: la BBC, la radio nationale américaine et la télévision FOX.

Ses temps de loisir, elle les passe à l’apprentissage de sa langue paternelle. La gym, son éternel hobby, devient vite une échappatoire nécessaire pour évacuer le stress du quotidien: la pollution, les embouteillages et, à partir de l’été 2006, la pression renforcée des autorités iraniennes qui retirent son accréditation de presse, ainsi que celle d’autres journalistes.

Un risque de trop?

Menacé militairement par les Etats-Unis, et sous le coup de sanctions internationales, à cause du dossier nucléaire, c’est l’époque où Téhéran resserre de plus en plus l’étau sur la société civile. Syndicalistes, féministes, blogueurs et journalistes locaux sont plus systématiquement intimidés et jetés en prison. Les reporters travaillant pour des médias étrangers ne sont plus épargnés – et particulièrement ceux qui ont la double nationalité. Un an plus tard, l’arrestation de plusieurs chercheurs irano-américains, accusés d’avoir cherché à fomenter «une révolution de velours», pousse les derniers reporters binationaux à quitter le pays. Roxana est la seule à rester.

A-t-elle pris un risque de trop? A priori non, à en croire la loi iranienne sur les médias dans laquelle, rappelle le journaliste iranien Mashallah Shamsolvaezine, «rien n’indique qu’il est interdit d’exercer son métier sans carte de presse». Mais son isolement l’a, sans doute, rendue plus vulnérable, dans une République islamique où l’arbitraire dépasse souvent les règles en vigueur.

Du coup, suggère un opposant iranien qui préfère garder l’anonymat, «Roxana représente une cible idéale». D’après lui, il n’est pas exclu qu’elle puisse être utilisée comme «monnaie d’échange dans un grand marchandage sur le nucléaire, mais aussi sur d’autres contentieux entre les deux pays, notamment la question des trois diplomates iraniens arrêtés par les forces américaines en Irak et détenus depuis plus de deux ans».

En attendant, les jours sont longs derrière les barreaux. Ses parents, arrivés à Téhéran au début du mois, ont pu lui rendre une seule visite de vingt minutes. «Elle est très affaiblie», confie son père.