Nucléaire

Des missiles fabriqués en Corée du Nord? Un trouble entre Trump et Kim Jong-un

Les faibles résultats de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un le 12 juin éclatent au grand jour. Au pire, la dénucléarisation «complète» de la Corée du Nord n’est qu’une promesse de façade; au mieux, elle n’en est qu’à ses balbutiements

La scène de la forte poignée de main entre Donald Trump et Kim Jong-un, tout sourire, le 12 juin dernier, sur l’île de Sentosa, au large de Singapour, n’était-elle que du vent? La mine réjouie de Kim Jong-un, visiblement très content de rencontrer le président américain et d’attirer toutes les lumières sur lui, préfigurait-il un cynique: «Je te fais des promesses, mais je n’ai aucune raison de les tenir»? Selon le Washington Post, la Corée du Nord serait bien en train de construire un ou plusieurs missiles intercontinentaux de type Hwasong-15. C’est du moins ce que pensent les services de renseignements américains, qui se basent sur de récentes images satellites montrant notamment de l’activité sur le site de l’usine où a été fabriqué le premier missile capable, selon Pyongyang, d’atteindre la côte Est des Etats-Unis.

Tensions vives sur la stratégie à adopter

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Après une escalade verbale qui faisait craindre le pire, puis la promesse d’un sommet qui a pris la diplomatie américaine de court, son annulation par Donald Trump et enfin la rencontre à Sentosa, la Corée du Nord, qui a promis de s’engager en faveur d’une «dénucléarisation complète de la péninsule», a dans un premier temps annoncé démanteler des sites de tests balistiques.

Mais selon le quotidien américain, qui cite des sources proches du Renseignement, «des preuves obtenues récemment, y compris des photos prises par satellites ces dernières semaines, indiquent que le travail est en cours sur au moins un, voire peut-être deux, ICBM à carburant liquide dans un grand complexe de recherche à Sanum-dong, à proximité de Pyongyang».

Un festival de manipulation et de désinformation

Dans ce dossier sensible, la manipulation et la désinformation sont de mise. Les «promesses» nord-coréennes suscitent beaucoup de scepticisme. Mais surtout, elles ne s’inscrivent dans aucun calendrier précis. La marge de manœuvre pour Kim Jong-un reste donc large et le bras de fer a des chances de continuer. Côté américain, les tensions entre Donald Trump et ses conseillers à propos de l’attitude à adopter face à la Corée du Nord restent vives, entre les partisans du bâton et ceux qui préfèrent la carotte.

Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, a entrepris plusieurs voyages en Corée du Nord. Il vient d’admettre devant le Congrès, six semaines seulement après le sommet historique, que Pyongyang continuait à produire des matériaux nucléaires. Pour les Etats-Unis, il s’agit de maintenir la pression et de ne pas perdre la face. Le 13 juin, Donald Trump avait osé écrire, sur Twitter, que la Corée du Nord n’était «plus une menace».

Une remorque rouge

Les images satellites évoquées restent sujettes à caution. Une image capturée le 7 juillet montre par exemple une remorque rouge stationnée près d’une zone de chargement. Presque identique à celles utilisées par les Nord-Coréens pour transporter les missiles intercontinentaux, souligne le journal. Il ne s’agit pas encore d’une preuve concrète.

Par ailleurs, des experts soulignent qu’il n’est pas étonnant que des sites de fabrication d’armes continuent à être en activité: le leader nord-coréen n’a pas fait explicitement de promesse à ce propos lors du sommet. Kim Jong-un chercherait d’un côté à attirer l’attention sur la destruction effective de sites, tout en continuant, en secret, à construire des missiles, voire à enrichir de l’uranium. Le 12 juin, Donald Trump avait précisé devant la presse que la destruction de l’arsenal nucléaire nord-coréen pourrait prendre jusqu’à quinze ans, tout en ajoutant avoir confiance dans le fait que Kim Jong-un ne chercherait pas à se soustraire à ses obligations.

Une opération à l’avantage des deux dirigeants

Les nouvelles révélations du Washington Post mettent finalement surtout en exergue une chose: que le sommet dit historique n’a débouché que sur de très vagues promesses et des résultats creux. Il ressemble avant tout à une vaste opération de relations publiques, où les deux protagonistes principaux tirent chacun leur avantage.

Pour Donald Trump, il s’agissait d’apparaître en «faiseur de paix», quelques mois avant les cruciales élections de mi-mandat de novembre, où l’enjeu pour les républicains est de ne pas perdre la majorité.

Kim Jong-un a de son côté réussi à s’imposer aux côtés du dirigeant de la première puissance mondiale et à braquer tous les projecteurs sur lui. Les résultats concrets de la rencontre sur le plan de la dénucléarisation de la péninsule risquent encore de se faire attendre.

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