Les grandes puissances attendaient de Téhéran un geste d’apaisement, un signal, après la révélation vendredi de l’existence d’une nouvelle usine clandestine d’enrichissement d’uranium. La réponse est tombée dimanche: l’Iran a procédé à deux essais de missiles à courte portée de type Chahab-1 et Chahab-2, l’un en variante sol-sol baptisé Fateh (victoire) et l’autre en variante navale baptisée Tondar (tonnerre), dans les eaux du golfe Persique, et devait renouveler l’exercice avec un vecteur à longue portée Chahab-3 ce lundi.

Si ces tirs interviennent dans le cadre de manœuvres militaires prévues de longue date et orchestrées par le corps d’élite des Gardiens de la révolution, ils résonnent comme une provocation à l’adresse des «5 + 1» (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne), qui dépêcheront jeudi des émissaires à Genève pour débattre du dossier nucléaire avec les Iraniens.

L’Iran sera bien obligé de s’expliquer au sujet de l’usine d’enrichissement d’uranium située au nord de la ville sainte chiite de Qom, à 100 km au sud de Téhéran. L’existence de ce second site d’enrichissement d’uranium n’a été révélée publiquement que vendredi dernier. D’après les premiers éléments communiqués, il s’agirait d’une enceinte militaire souterraine et truffée de défenses anti-aériennes, abritant 3000 centrifugeuses, le tout sous le contrôle des Gardiens de la révolution. Autant de faits qui ne plaident pas en faveur d’un complexe destiné à des fins pacifiques, mais qui participent plutôt d’un «schéma de dissimulation préoccupant» de la part de l’Iran, selon les termes du président américain Barack Obama.

Pour les Occidentaux, il importe que l’AIEA puisse se rendre sans tarder à Qom, de manière à empêcher les Iraniens de mettre à l’abri documents et équipements compromettants, qui tendraient à indiquer des visées militaires. Samedi, Ali Akbar Salehi, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), a promis que le nouveau site serait «placé sous la supervision de l’AIEA», «dans les meilleurs délais».

Les dirigeants iraniens arguent en outre qu’ils n’étaient «pas tenus» de déclarer l’existence de cette usine, du moins pas encore, au nom des accords de garanties nucléaires liant le pays à l’AIEA. Une clause de ces accords, dite «code 3.1», stipule pourtant que tout Etat membre doit informer l’agence au préalable de son intention de bâtir un site nucléaire. L’Iran, qui a signé cette clause en 2003 mais ne l’a jamais ratifiée, a cherché en 2007 à revenir à la version antérieure du texte datant de 1976. Celle-ci, qui est considérée comme désuète par les juristes de l’agence, exigeait seulement des Etats membres qu’ils notifient l’AIEA de l’existence d’un site nucléaire six mois avant d’y introduire de la matière fissile.

Si Téhéran peut prétendre retomber sur ses pieds sur un plan purement juridique, cet argument perd en revanche de sa force au regard de «l’esprit de Vienne», censé inciter les Etats membres à faire preuve de transparence et de pleine coopération vis-à-vis de l’AIEA. En six ans et demi d’enquête sur la nature réelle de son programme nucléaire, justement, l’Iran a toujours prétendu n’avoir «rien à cacher». La révélation soudaine de l’existence de l’usine de Qom jette un nouvel éclairage sur les limites de la transparence pour Téhéran. L’Iran a réaffirmé dimanche qu’il ne cherchait pas à enrichir de l’uranium à plus de 5% d’uranium 235, soit un taux compatible avec des activités nucléaires civiles.