Difficile en Russie de ne pas savoir que le pays célèbre ce vendredi le 63e anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie: les journaux télévisés diffusent jusqu'à la nausée les préparatifs du grand défilé de la place Rouge, tandis que les chaînes de cinéma passent en boucle les vieux films militaires de l'époque soviétique.

Tombée en désuétude lors de l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, la tradition du défilé de la place Rouge n'avait plus, à l'époque de Boris Eltsine, le lustre d'antan. Exit, les chars et autres blindés: de simples soldats défilaient sur la place centrale de la capitale russe aux côtés des vétérans de la Grande Guerre, auxquels la foule lançait des fleurs...

8000 soldats défileront

Mais Vladimir Poutine a choisi l'année de son départ de la présidence pour refaire les choses en grand. Pour la première fois depuis 1991, l'artillerie lourde sera présente ce vendredi sous les yeux des deux dirigeants du pays: le nouveau président, Dmitri Medvedev, devenu par extension chef des armées, et le nouveau premier ministre, Vladimir Poutine, qui reste l'homme fort du pays.

Plus de 8000 soldats participeront au défilé de la place Rouge, qui à pieds, qui à bord de chars, alors que des chasseurs et des bombardiers survoleront le centre-ville de la capitale russe. En vedette «américaine», si l'on ose dire: la nouvelle génération de missiles Topol-M («peuplier», en russe), le premier missile terrestre intercontinental développé par l'armée russe depuis la disparition de l'Armée rouge.

Ce spectacle à grand déploiement s'inscrit parfaitement dans le sursaut patriotique et militariste insufflé par Vladimir Poutine durant ses deux mandats au Kremlin. Décapitée lors de la chute de l'URSS, exsangue sous Boris Eltsine, humiliée par les guérillas mal armées lors de la première guerre de Tchétchénie, l'armée russe a retrouvé, depuis le début de la décennie, une partie de sa superbe.

L'exercice doit «démontrer notre potentiel croissant en matière de défense», a affirmé Vladimir Poutine cette semaine. «Nous ne menaçons personne et ne nous apprêtons pas à le faire, nous n'imposons rien à personne», a-t-il toutefois crû nécessaire de préciser, au moment même où la Russie concentre des troupes en Abkhazie, une région séparatiste de la Géorgie soutenue par Moscou.

Equipements désuets

Reste que malgré un budget imposant (plus de 20 milliards de dollars) et un contingent impressionnant (1,4 million d'hommes, ou 4 millions en comptant les différents corps semi-militaires), l'armée russe peut difficilement faire plus que montrer les dents. Ses équipements sont désuets, à l'exception de quelques pièces stratégiques comme sa dernière génération de missiles. Et ses forces humaines sont démoralisées (lire ci-dessous), alors que l'Etat hésite toujours entre le maintien d'une force de conscrits et une armée professionnelle.

Chose certaine, l'ennemi d'hier ne semble pas impressionné par les grandes manœuvres du 9 mai de l'armée russe. Interrogé sur le grand spectacle militaire de la place Rouge en début de semaine, le porte-parole du Pentagone américain a préféré répondre par l'ironie: «S'ils veulent sortir leurs vieux équipements et les faire tourner, ils sont plus que bienvenus pour le faire.»