Pour l’occasion, il n’a pas prévu de fête, mais participera à une soirée de collecte de fonds orchestrée par le milliardaire Donald Trump à Las Vegas. Il restera concentré sur l’objectif du 6 novembre: conquérir la Maison-Blanche. Mardi soir, après cinq mois de primaires parfois mouvementées, Mitt Romney devait, selon le décompte d’Associated Press, conclure une fois pour toutes le processus de désignation du candidat républicain appelé à affronter le président Barack Obama.

Avant la primaire du Texas d’hier, il ne manquait à l’ex-gouverneur du Massachusetts que 60 délégués pour décrocher l’investiture alors que 155 étaient en jeu. Or depuis le retrait de Rick Santorum en avril, puis l’arrêt de la campagne de Ron Paul, Mitt Romney était le seul en course. Le Comité national républicain entretient néanmoins un faux suspense en laissant entendre qu’il faudrait peut-être attendre jusqu’aux cinq primaires de la semaine prochaine.

N’étant plus affublé du qualificatif de «présomptif», Mitt Romney revient de loin. Après qu’il eut concédé plusieurs défaites à l’ultraconservateur Rick Santorum et subi un cuisant échec lors de la primaire de Caroline du Sud face à Newt Gingrich, la frange la plus conservatrice du Parti républicain nourrissait de sérieux doutes quant à la capacité du «républicain modéré» du Massachusetts de défendre l’idéologie d’un parti qui a dérivé à droite sous l’impulsion du Tea Party. Aujourd’hui, ils se sont rangés derrière lui, non pas tant par conviction que par aversion viscérale pour le démocrate Barack Obama qu’ils entendent déloger à tout prix.

L’investiture de Mitt Romney devra être confirmée à la convention du parti à fin août à Tampa en Floride. Elle va permettre de lancer pour la première fois dans une élection présidentielle américaine un candidat de foi mormone et un républicain n’ayant pas accompli son service militaire. Elle consacrera un politique qui reste atypique dans la configuration actuelle du parti. Il est issu de la Nouvelle-Angleterre alors que le terrain de prédilection des républicains est le sud. Malgré une radicalisation de son discours durant les primaires, il a une réputation d’homme politique modéré qui contraste avec le discours enflammé des représentants du Tea Party. Il tend à adapter ses prises de position à l’air du temps alors que les plus conservateurs insistent pour marquer leur différence idéologique.

Malgré les attaques, malgré les gaffes qui ont conforté ceux qui pensent qu’il est déconnecté d’une certaine réalité de l’Amérique, l’ex-gouverneur du Massachusetts sort renforcé de l’épreuve des primaires qui ont débuté en Iowa le 3 janvier dernier. Il a gagné en assurance même s’il reste médiocre dans l’improvisation. Il martèle désormais son credo: c’est lui qui va sauver l’économie américaine. Ce sentiment d’être habité par une mission rédemptrice n’est d’ailleurs pas étranger à la religion mormone.

Selon Joseph Smith, fondateur de cette Eglise, la Constitution sera «réservée et sauvée par les efforts du Grand Cheval blanc», une métaphore utilisée pour signaler le retour de la grandeur de l’Amérique. Face à l’amélioration de la production industrielle, la création ininterrompue d’emplois depuis plus de vingt mois, Mitt Romney doit toutefois ajuster ses propos: si l’économie progresse, ce n’est pas grâce à Barack Obama, c’est «malgré lui».

L’ex-président des Jeux olympiques de Salt Lake City promet de ramener le taux de chômage de 8,1% à 6%, de raviver l’esprit entrepreneurial des Américains, de réduire la taille de l’Etat et surtout de ne pas augmenter les impôts. Sa stratégie a manifestement un impact. La semaine dernière, l’équipe de la campagne électorale de Barack Obama a lancé une vaste offensive contre Mitt Romney, l’ex-patron de Bain Capital, une société de capital-risque. Dépeignant ce dernier comme un «vampire» tuant l’emploi, elle a toutefois dérapé en grossissant trop le trait au point que certains démocrates se sont désolidarisés du message élaboré par les stratèges du parti dans leurs bureaux de Chicago. Si elle devait s’aggraver, la crise de l’euro pourrait paradoxalement être le meilleur allié de Mitt Romney tant elle aurait un impact néfaste sur l’économie américaine.

En matière de politique étrangère, Mitt Romney défend une vision qui n’a rien à envier aux néo-conservateurs. Celle-ci résulte en partie de primaires républicaines sans nuance en la matière, mais aussi du fait que le président est loin d’être le pacifiste mou que les républicains ont longtemps voulu voir en Barack Obama.

Une campagne démocrate a dépeint le républicain comme un «vampire» tuant l’emploi