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Des partisans de l’opposant russe Alexeï Navalny le samedi 7 octobre à Moscou.
© Andrey Volkov/Reuters

Russie

Mobilisation en demi-teinte de l’opposition pour l’anniversaire de Vladimir Poutine

Les partisans d’Alexeï Navalny, incarcéré pour vingt jours par des autorités russes déterminées à l’écarter coûte que coûte de l’élection présidentielle de mars prochain, ont défilé dans plusieurs villes samedi

Des milliers de Russes ont bravé samedi l’interdiction de défiler dans toutes les moyennes et grandes villes de Russie. Ils réclamaient la libération d’Alexeï Navalny, condamné à 20 jours de prison pour incitation à participer à une manifestation interdite la semaine précédente. Le leader de l’opposition russe a aussi appelé ses partisans à protester contre l’obstruction de sa campagne présidentielle par les autorités.

Manifestants très jeunes

A Moscou, entre 1500 et 3000 manifestants se sont rassemblés autour de la statue du poète Alexandre Pouchkine, avant de défier la police en s’approchant du Kremlin. Mais l’accès à la place Rouge était fermé par les forces de sécurité. Malgré les fortes pluies, les manifestants – dont l’écrasante majorité a moins de 25 ans – ont arpenté la rue Tverskaïa de long en large tout l’après-midi, en scandant «Poutine, dégage», «participe aux débats au lieu d’envoyer la police», «respecte la Constitution».

Lire aussi: «L’opposant Alexeï Navalny séduit les jeunes en colère»

Certains protestataires exhibaient des paquets cadeaux portant la mention «Tribunal» et «Retraite» symboliquement adressés au président russe, qui fêtait samedi son 65e anniversaire et se prépare selon toute vraisemblance à un quatrième mandat. D’importantes forces policières étaient déployées, mais sans l’équipement antiémeute habituel (ni casques, ni boucliers). Aucune charge ni violence n’a été observée durant les quatre heures de la manifestation.

Arrestations à Saint-Pétersbourg

Le défilé de Saint-Pétersbourg a été plus mouvementé. Autour de 2000 manifestants se sont rassemblés en fin d’après-midi sur le Champ-de-Mars, partiellement «fermé pour travaux» la veille par les autorités. Le quotidien Vedomosti a observé aux abords de la place une distribution d’entrées gratuites pour le film de propagande Crimée, dont l’heure de la séance, 18h30, coïncidait avec le début du défilé.

La diversion n’a pas fonctionné et le cortège s’est dirigé vers la place Vosstaniïa («insurrection») en débordant sur la chaussée, ce qui déclenche d’ordinaire les arrestations. Une soixantaine de personnes ont été interpellées, dont certaines avec violence, rapporte la presse indépendante russe. Avant son arrestation, Alexeï Navalny prévoyait un meeting ce samedi à Saint-Pétersbourg, ce qui explique une mobilisation plus forte qu’ailleurs.

Une clémence de courte durée

Selon le site OVDinfo.org, spécialisé dans la veille des activités policières, 290 personnes ont été interpellées à travers le pays. Un chiffre très inférieur aux milliers d’arrestations des deux précédentes journées de manifestation (26 mars et 12 juin 2017).

La relative clémence des autorités était particulièrement évidente à Moscou, où aucune arrestation n’a été observée, alors que la manifestation était suivie par une bonne centaine de journalistes. Ce changement de tactique des autorités russes, dans le jeu du chat et de la souris auquel se livrent le Kremlin et Alexeï Navalny, a été la principale surprise de cette journée d’action. Un revirement probablement éphémère: une dizaine de manifestants pro-Navalny qui tentaient dimanche de répéter l’action de la veille ont été immédiatement et brutalement embarqués par la police aux abords du Kremlin.

«Systématiquement photographiés et identifiés»

L’autre fait marquant a été une mobilisation moindre de l’opposition. L’absence des leaders emprisonnés, la peur des arrestations et une météo défavorable ont certainement joué leur rôle. Des dizaines de jeunes manifestants ont écopé de peines de prison ou ont été exclus de leurs écoles et universités à la suite des manifestations précédentes.

Evgueni, un étudiant de 19 ans, a expliqué au Temps que plusieurs de ses camarades avaient refusé de l’accompagner par peur de représailles. «La police nous photographie et relève systématiquement notre identité», estime-t-il. «Je sais que je risque d’être viré de la fac, mais c’est mon pays et je ne peux pas rester les bras croisés pendant que Poutine le démolit.» Lioudmila, une des rares personnes âgées présentes sur la place Pouchkine, a elle confié avoir «très peur» de la répression, mais que sa «conscience» lui «interdit de rester à la maison».

Lire aussi: «Le Kremlin rend inéligible le seul opposant crédible»

Réseaux sociaux comme dernier recours

Avocat, entrepreneur et blogueur anti-corruption, Alexeï Navalny s’est progressivement imposé comme le meneur de l’opposition au président Vladimir Poutine. Agé de 41 ans, il dirige aujourd’hui la seule force d’opposition ayant émergé au cours des dix dernières années et dispose d’un réseau à travers tout le pays.

Candidat aux présidentielles du 16 mars prochain, il est privé d’accès aux grands médias russes et diffuse ses idées principalement au moyen des réseaux sociaux et d’enquêtes anti-corruption publiées sur YouTube. Samedi soir, les chaînes de télévision fédérales ont toutes ignoré la journée d’action, consacrant l’ouverture de leurs bulletins aux hommages rendus à Vladimir Poutine pour son anniversaire.

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