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Barcelone, ce 8 mars 2018.
© MARTA PEREZ

Egalité

Mobilisation féministe sans précédent en Espagne

5,3 millions de femmes se sont mises en grève de Madrid à Barcelone en passant par Séville pour réclamer la fin de la discrimination dans le monde du travail

En plein centre de Madrid, place Santa Ana, la statue en bronze du poète Federico Garcia Lorca, une légende nationale, apparaissait hier sous une forme inédite: couverte d’un tablier de cuisine et armée d’un balai. C’était l’une des multiples initiatives inédites que les Espagnoles ont prises ce jour-là pour marquer son caractère exceptionnel: jamais, lors d’un 8 mars, «jour de la femme», le «deuxième sexe» n’avait frappé un tel coup de poing sur la table pour revendiquer l’égalité de genre, la parité dans les institutions et, surtout, la fin de la discrimination dans le travail.

Lire aussi: Trois générations de féministes à l'heure de #MeToo

Ampleur surprenante

Ce qui avait été annoncé comme un anniversaire sans grande transcendance s’est transformé en première grève féministe de l’histoire espagnole et en mobilisation impressionnante. A en croire les deux principaux syndicats du pays, UGT et CCOO, qui ont appuyé le mouvement, le mot d’ordre a été suivi par 5,3 millions de femmes. Au total, 120 manifestations ont été dénombrées, notamment à Madrid, Barcelone, Bilbao, Séville, Valence et Pampelune.

Une bonne partie de la population a été surprise par l’ampleur de ce déploiement revendicatif. Sur les principales places publiques, des minutes de silence ont précédé des propos virulents en faveur de l’égalité des sexes. Une trentaine de trains ont été annulés, le métro de Madrid a été très perturbé, d’innombrables lieux de travail n’ont pas pu fonctionner normalement.

C’est bien ce que cherchait la Commission 8M, organisatrice du mouvement, comme l’exprime le slogan unitaire: «Si nous nous arrêtons, le monde s’arrête.» «Autrement dit, sans l’importance vitale des femmes, rien n’est possible, a résumé Rebeca Marciel, jeune présidente pour la péninsule Ibérique du géant mondial de conseil Gartner Consulting. Pour moi, cette grève est plus importante que la plus importante de mes réunions.»

Lire aussi: «Le féminisme améliore aussi la vie quotidienne des hommes»

Sur la scène politique, seul le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy s’est montré circonspect quant à cette mobilisation historique. «Le gouvernement travaille en faveur la parité réelle», a-t-il dit froidement et sans empathie. Toutefois, en signe de désaccord, cinq ministres femmes de son exécutif ont refusé de travailler. Par solidarité.

739 croix blanches

Curieusement, dans le sillage du scandale Weinstein et de la campagne #MeToo, l’Espagne avait dans un premier temps réagi avec modération. Mais, ces dernières semaines, le mouvement de colère a grandi de manière irréversible. Selon les organisateurs de la grève, les salaires des Espagnoles sont inférieurs de 13% à ceux de leurs collègues masculins dans le secteur public, de 19% dans la sphère privée. Selon Eurostat, 76% des femmes pensent que leur existence est «plus difficile» que celle des hommes. A contre-courant des préjugés sur le machisme des Espagnols, cette opinion est partagée par une immense majorité d’hommes, dont 82% se sont dits favorables à la grève, selon le journal El Pais.

L’essentiel des partis politiques et des grands médias se sont positionnés en faveur du mouvement féministe, avec en toile de fond une dénonciation des abus sexuels et de la violence de genre. Hier, sur la plage de Vinaros, des leaders féministes avaient planté 739 croix blanches, en hommage aux 739 femmes assassinées par leur mari ou compagnon ces dernières décennies.

Lire: Pour l’égalité salariale, réinventer la mobilisation

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