Grèves

Mobilisation de la rue grecque

Aujourd’hui, la Grèce est paralysée par une grève nationale un jour avant que le parlement ne vote l’austérité

Un pays totalement paralysé. Aujourd’hui, la Grèce est confrontée à la troisième grève nationale d’envergure depuis le début de la phase aiguë de la crise financière. Tout s’arrête ou presque. Ecoles, universités, crèches, administration et ministères sont fermés, les avions cloués au sol et les ferries condamnés à rester dans les ports.

Le plan d’austérité adopté dimanche par le gouvernement de Georges Papandréou suscite une vague de protestations dans le pays. La pression de la rue monte d’autant que les mesures d’économies censées ramener le déficit budgétaire actuel de 13,6% du PIB à moins de 3% d’ici à 2014, seront soumises jeudi au parlement grec.

«Ce qui se passe en quelques mois en Grèce ne s’est pas produit pendant trente ans. Le pays entame une réforme sans précédent», relève Loukas Tsoukalis, président de la Fondation hellénique pour la politique européenne et étrangère à Athènes. Pour ce conseiller du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, l’un des principaux ennemis de l’actuel premier ministre, ce n’est pas tant l’opposition que la société qui estime que le premier responsable de la crise grecque est la classe politique. «Les mesures prises sont douloureuses. Le niveau de vie des gens va chuter de 10 à 20% en raison de baisses de revenus et de hausses d’impôts. Le moment critique interviendra cet automne, quand les mesures auront produit leurs effets. Et là, tout peut arriver. Si le programme d’austérité permet des résultats concrets (une stabilité des banques et des dépôts assurés, un taux de chômage qui n’explose pas), le gouvernement survivra. Dans le cas contraire, Dieu sait ce qu’il se passera.»

Loukas Tsoukalis fustige «l’irresponsabilité extraordinaire» des partis d’extrême gauche (12% de l’électorat) qui soufflent sur les braises du malaise grec en tentant «soit de grappiller quelques pour-cent pour les prochaines élections, soit de croire que la révolution est au coin de la rue». Membre du comité central du Syriza, coalition de la gauche radicale, Yiannis Bournous réfute l’accusation. Jeudi, il est important, souligne-t-elle, de «briser le silence imposé à la société grecque par les médias dominants. Le gouvernement cherche à tirer profit de la crise pour abolir les droits sociaux. Nous voulons créer un front social contre la coalition des multinationales et des banquiers».

Charalambos Kasimis n’entend pas exagérer la résilience des Grecs. Professeur de sociologie à l’Agricultural University of Athens, il constate que les gens sont en état de choc, incapables de mesurer l’étendue de la crise. Sous tutelle de l’Union européenne et du Fonds monétaire international, la Grèce a perdu son pan metron aristom, son juste milieu. «Les gens autour de moi portent la crise sur leur visage. La classe moyenne va porter le gros du fardeau. Une majorité de Grecs pensent que nous payons le prix d’un système politique qui a longtemps été marqué par le clientélisme. Cette perception n’est pas sans conséquence. Le 1er mai, à Corynthe, une parlementaire du Parti socialiste a été priée de ne pas revenir d’Athènes si elle vote en faveur du plan d’austérité. Ce même jour, l’ancien président du parlement grec, Apostolos Kaklamanis, a été séquestré et enfermé dans les toilettes d’un café.»

Politiquement, un consensus entre le Pasok et le principal parti d’opposition Nouvelle Démocratie existe, mais il est inconfortable pour cette dernière. Malgré les mesures impopulaires du gouvernement, le Pasok a toujours cinq points d’avance sur les conservateurs dans les sondages. Nouvelle Démocratie, dirigée par Antonis Samaras, n’en est pas moins tiraillée entre la nécessité d’appuyer le plan d’austérité pour faire oublier sa grande responsabilité dans l’effondrement financier de la Grèce et celle de ne pas être associé à Georges Papandréou dans la gestion de la crise. Jeudi, il n’est pas sûr que les conservateurs appuient le gouvernement.

Mardi, le ministre autrichien des Finances, Josef Proell, a été un exemple caricatural de l’attitude européenne dénoncée par les Grecs: «Quand on voit les mouvements de protestation en Grèce, notre patience, à moi et au reste de l’Europe, est quasiment à bout.» Loukas Tsoukalis ne s’en cache pas. Il faudra selon lui du temps pour réparer les dégâts causés par les dérapages verbaux et médiatiques entre la Grèce et l’Allemagne. «Certains médias allemands ont dépassé les limites et les Grecs ont riposté.» Même sentiment pour Charalambos Kasimis: «L’Allemagne ne s’est pas comportée comme un pays leader de l’Union européenne. Quant à l’aide financière de l’UE, elle est bien perçue. Ce n’est pas le cas de celle du FMI. Les Grecs ont le sentiment d’avoir perdu une partie de leur indépendance.»

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