Les Genevois les ont sûrement déjà aperçus, en passant devant le siège de l’ONU ou le Palais Wilson, ces Tibétains en provenance de toute la Suisse. Depuis plus d’un an, un jour par mois, inlassablement, ils viennent demander aux instances de la communauté internationale de sortir du silence. A chaque fois en portant une nouvelle revendication. Pour la liberté de religion, pour la libération des prisonniers politiques ou la condition des femmes. Ce vendredi, ils demanderont que «cessent immédiatement la torture et les mauvais traitements au Tibet». Ils appelleront à nouveau l’ONU à envoyer une commission d’enquête indépendante sur le terrain.

Dans les provinces chinoises peuplées de Tibétains, en bordure de la région autonome du Tibet, la situation ne donne aucun signe d’amélioration. Lundi dernier, à Aba (Ngaba en tibétain), dans le Sichuan, deux Tibétains se sont immolés par le feu en appelant à la liberté et au retour du dalaï-lama. L’un est mort sur place. Des policiers chinois ont tenté d’éteindre les flammes qui s’emparaient du second et l’ont roué de coups avant de l’emmener. Il est mort un peu plus tard des suites de ses brûlures. La scène a déclenché un mouvement de protestation, rapidement étouffé par les forces de l’ordre.

49 immolations

Les deux hommes – un moine et un ancien moine – étaient originaires du monastère de Kirti, fief de la révolte tibétaine dans la région. Ils portent à 49 le nombre de Tibétains, en majorité des moines bouddhistes, qui se sont transformés en torches humaines depuis février 2009. Une forme de «protestation politique» ultime contre la répression chinoise, selon le tibétologue américain Robert Barnett (LT du 09.07.2012), les tentatives de résolution de la crise ayant échoué jusqu’ici. Le dialogue entre Pékin et le gouvernement tibétain en exil est suspendu depuis janvier 2010 et, en juin cette année, les deux émissaires du dalaï-lama ont démissionné.

«Nous demandons à l’ONU d’appeler Pékin à reprendre ce dialogue. Sans l’appui de la communauté internationale nous n’obtiendrons rien. Mais tout le monde redoute de se fâcher avec la Chine», explique Sandrine Memmishofer-Pasang, responsable des affaires étrangères de la communauté tibétaine en Suisse, la plus grande d’Europe avec près de 4000 membres.