Le Temps: Quelle est votre première réaction à l’attentat terroriste perpétré à l’aéroport moscovite de Domodedovo?

Thomas Gomart: Face à une telle tragédie, il faut rester prudent. Mais le mode opératoire de cet attentat kamikaze rappelle celui de plusieurs attaques qui ciblaient des «nœuds» de communication. Ce fut le cas lors de l’attentat terroriste dans le train Moscou-Saint-Pétersbourg en novembre 2009. Mais aussi l’explosion dans le métro de Moscou en mars 2010. On tend souvent à l’oublier, mais la Russie est une cible du terrorisme. L’attentat de lundi est de moins grande intensité que la prise d’otages du Théâtre de marionnettes de Moscou en 2002 ou celle de Beslan en 2004 qui ont fait plus de victimes. Mais le phénomène perdure.

– Faut-il y voir la main des islamistes caucasiens? Le kamikaze présumé était, dit-on, «de type arabe».

Difficile de le dire. Cette tragédie ne manque pas de rappeler la très forte instabilité du Caucase du Nord, en Tchétchénie, au Daguestan et en Ingouchie. Cela n’est pas très médiatisé. Mais en 2010, on a compté jusqu’à 17 attentats contre les autorités fédérales. Dans la région pourtant, il y a plusieurs formes de terrorisme. Il y a le djihadisme radical, mais aussi des formes de lutte contre le pouvoir fédéral, l’une des conséquences de la guerre de Tchétchénie. Historiquement, le Caucase du Nord a toujours eu des mouvements d’opposition qui contestent le pouvoir central de Moscou.

– Depuis une décennie, la lutte antiterroriste est aussi populaire au sein du pouvoir russe qu’elle le fut dans l’administration Bush.

– Les autorités russes ont toujours insisté sur le caractère international du djihadisme. Elles ont toujours voulu montrer que la Russie était dans la même barque que l’Occident. Depuis 1999, le pouvoir russe affirme que le terrorisme international est la principale menace pesant sur le pays. Le système fédéral russe a été structuré en conséquence.

– C’était à l’époque de la présidence de Vladimir Poutine. L’actuel maître du Kremlin a-t-il une approche différente?

– Non, Dmitri Medvedev est dans la continuité de son prédécesseur et il n’y a absolument pas de hiatus entre lui et Vladimir Poutine. Il a dû lui-même faire face à deux attentats en novembre 2009 et en mars 2010.

– Medvedev a décidé d’ajourner son départ pour le Forum de Davos.

– L’inverse aurait été étonnant. Imaginez un attentat dans la capitale du pays.