Allemagne, mon amour

Eva Gronbach, styliste

Les nouveaux uniformes du personnel du Thalys, le train à grande vitesse entre Paris et Bruxelles, c’est elle. Pour la styliste Eva Gronbach, 38 ans, ce train raconte un peu son histoire personnelle. Plusieurs années, elle a navigué entre Cologne, sa ville natale, Bruxelles, où elle a suivi sa formation à l’école de La Cambre, et Paris pour ses grandes maisons de mode. Il n’y a pas plus européenne qu’Eva Gronbach. Mais il n’y a pas plus allemande que sa ligne de vêtements. En 2003, sa collection «Mutter Erde, Vater Land», a créé l’événement en réinterprétant les couleurs nationales: pulls aux larges bandes noir, rouge et or; aigle redessiné à sa manière. La styliste, qui avait travaillé chez John Galliano, Yamamoto ou Hermès, avait senti la tendance avant l’heure, avant le fameux été 2006 et le Mondial de foot qui réhabilitèrent un patriotisme allemand débonnaire. Elle avait aussi lancé son «uniforme personnel de police», pulls bleus et drapeau allemand avec des slogans du genre «bienvenue en Allemagne». Ses choix ne sont pas qu’esthétiques. Elle veut redonner confiance à une Allemagne qui trop longtemps s’est censurée et a douté d’elle-même. Après sa déclaration d’amour à l’Allemagne, elle s’est tournée vers les mineurs de la Ruhr, dont les puits sont un à un menacés de fermeture, revisitant leur tenue beige. Son «German Jeans», avec usure et taches d’huile d’origine, offre une nouvelle vie aux habits de travail. On se les arrache au Japon.