Les liens entre le tueur de Nice Mohamed Lahouaiej Bouhlel et «les réseaux terroristes», notamment le groupe djihadiste Etat islamique qui a revendiqué l’attaque du 14 juillet à Nice, ne sont «pour l’instant ne sont pas établis par l’enquête», a déclaré lundi le ministre de l’Intérieur français. Sur les ondes de RTL, Benard Cazeneuve a néanmoins affirmé que «le mode opératoire emprunte totalement à ce que sont les messages de Daech»; «On ne peut pas exclure qu’un individu déséquilibré et très violent ait été à un moment, dans une radicalisation rapide, engagé dans ce crime absolument épouvantable».

C’est désormais la lourde tâche des quatre magistrats du pôle antiterroriste de Paris arrivés à Nice dans la nuit du 14 juillet: déterminer si Mohamed Lahouaiej Bouhlel, ce chauffeur livreur tunisien de 31 ans, était ou non le «soldat» d’une filière djihadiste, comme l’affirme la revendication de Daech diffusée samedi via l’agence Amaq, son principal canal de diffusion déjà utilisé pour revendiquer les attentats de Paris en janvier et novembre 2015, et Bruxelles en mars 2016.

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Les propos du ministre de l’Intérieur demeurent peu clairs

Difficile, en effet, de comprendre à ce stade ce qu’a voulu dire, dans une intervention samedi, Bernard Cazeneuve en parlant d’une «radicalisation apparemment récente et rapide» de celui que les forces de l’ordre ont tué au volant de son camion fou, face au Palais de la Méditerranée, après qu’il a causé la mort d’au moins 84 personnes et blessé des centaines d’autres.

Le jeune homme psychologiquement dépressif, condamné le 24 mars à six mois de prison avec sursis pour «violences volontaires avec arme» par le tribunal correctionnel de Nice, s’est-il inspiré de la propagande de Daech pour mener à bien son attaque et faire le maximum de morts? Ou a-t-il au contraire prémédité son acte, bénéficiant pour cela de complicités extérieures, en réponse à l’ordre d’un éventuel commanditaire basé en France ou à l’étranger? Deux scénarios aux antipodes, mais qui disent l’un comme l’autre la difficulté de contrer la menace terroriste islamique en France, malgré l’état d’urgence prorogé pour trois mois, jusqu'à fin octobre.

Sept personnes arrêtées

Les seules informations officielles communiquées jusque-là portent sur les éléments retrouvés dans le véhicule, à savoir une arme de poing et des armes factices, une carte d’identité, un téléphone portable et des documents, complétés par un ordinateur retrouvé à son domicile perquisitionné samedi. Sept personnes ont par ailleurs été arrêtées, dont l’épouse (en instance de divorce) du meurtrier, seule à avoir été relâchée dimanche à l’issue de sa garde à vue. Un couple présenté par la police comme «Albanais» et quatre hommes étaient toujours interrogés dimanche soir.

La préméditation de l’attentat, commis de façon très symbolique un 14 juillet, aurait également été confirmée par la vidéosurveillance de la ville de Nice, sur lesquelles Mohamed Lahouaiej Bouhlel apparaîtrait plusieurs fois les jours précédant son forfait aux abords de la Promenade des Anglais, au volant de son camion loué le 11 juillet à Saint-Laurent-du-Var.

L’itinéraire reconstitué

Son itinéraire le soir de la tragédie a enfin été reconstitué: le camion frigorifique, récupéré par son conducteur à 21h34 à l’est de Nice, est arrivé vers 22h30 par la rue Lenval, perpendiculaire à la section de la Promenade côtière alors laissée libre à la circulation, mais bondée. Monté sur le trottoir piétonnier, il a ensuite parcouru près d’un kilomètre avant de forcer le barrage policier marquant la zone interdite aux véhicules, à hauteur du boulevard Gambetta, à proximité du prestigieux hôtel Negresco. C’est à ce moment que l’homme a fait feu sur les policiers qui ont répliqué, le tuant et stoppant le véhicule à environ 300 m, face au Palais de la Méditerranée.

Des informations distillées à la presse par les enquêteurs démontrent toutefois que l’homme n’était pas si solitaire. Il aurait ainsi adressé un SMS à l’un des gardés à vue à 22h27, lui demandant «d’amener des armes». «On découvre des choses sidérantes» aurait confié un policier à BFM TV. Le syndrome de la «faille» fatale dans le dispositif français de renseignement plane désormais sur Nice, ville connue pour avoir abrité plusieurs filières djihadistes, dont l’une – celle dite de «Cannes Torcy» – a été renvoyée en janvier dernier devant une cour d’assise spéciale.