(Paris) « Moi, Président de la République…. » La phrase est répétée à plusieurs reprises, au point d’en devenir gênante pour son auteur. Mais à ce stade du débat, après plus de deux heures de discussion, François Hollande tient son sujet. Le candidat socialiste, bousculé dans les premières trente minutes par Nicolas Sarkozy, est parvenu au fil de la discussion à consolider son autorité présidentielle.

Le long tunnel sur les questions fiscales, au démarrage du débat, avait dans un premier temps transformé l’affrontement médiatique tant attendu en pugilat statistique. Puis les registres se sont figés : le chef de l’Etat Français sortant s’installant peu à peu dans le rôle du challenger, avec pour objectif d’insister sur les ambiguïtés de son adversaire. En face ? Un candidat socialiste habile à reprendre la méthode Sarkozy, interrogeant, exigeant des réponses, rappelant à chaque fois qu’il le peut les changements d’opinion de celui qui terrassa dans les urnes, en 2007, son ex-compagne Ségolène Royal.

On attendait un duel. Il a eu lieu. On imaginait possible un KO. Celui-ci ne s’est pas matérialisé. Face à François Hollande devenu de plus en plus pressant, affirmatif et sûr de son fait, Nicolas Sarkozy a joué le registre de la bonne foi, du président victime des circonstances et de sa volonté d’agir. Pas facile toutefois d’y croire, compte tenu de son tempérament. Surtout quand l’hôte de l’Elysée persiste . Ses attaques, peu à peu, dérivent. François Mitterrand devient la cible. Les pratiques socialistes d’antan sont pointées du doigt. La charge est sans surprise : « Votre normalité n’est pas à la hauteur des enjeux » accuse le président-sortant. Offensive attendue.

Face à cela, la riposte est efficace. « Vous étiez chef de tout et responsable de rien » répond François Hollande. Habilement, celui-ci a fait du bilan de son adversaire son arme. Comme au judo, il a plié sous la charge pour tenter de renverser son rival et de le mettre à terre : « Je veux changer de politique . Je veux changer de méthode et de conception de la République. Je veux un changement d’orientation sur le plan européen, donc le choix est simple » assène le candidat du PS en conclusion. Une répétition de son credo : rassembler pour mieux tourner la page des années Sarkozy, acculer celui-ci dans les cordes, comme sur le cas Berlusconi. Même la question du droit de vote des étrangers aux élections municipales n’a pas donné lieu au choc escompté. L’affrontement n’a pas occasionné de basculement.

La surprise aura, néanmoins, été du coté du locataire de l’Elysée. Pugnace, celui-ci n’a pas pu porter l’estocade. Ses arguments fondés, chiffrés, perdent du poids au fur et à mesure que sa personnalité reprend le dessus. Sa tendance à pointer du doigt, à accuser, contraste avec la volonté présidentielle de François Hollande. Son registre final en apporte la preuve. Le candidat PS a redonné l’esprit de son programme. Son adversaire refait ses comptes électoraux. « Je veux parler à ceux qui ont parlé avec Marine Le Pen conclut-Nicolas Sarkozy. Pour moi il n’y a pas des sous-citoyens. J’ai entendu votre demande de nation, de frontières ». La fin du débat est conforme. Nicolas Sarkozy se fait interrompre par François Hollande, y compris dans les dernières minutes. Cette tactique a payé. Au fur et à mesure du débat, le candidat du PS est devenu le professeur. Avec en face un avocat de sa propre cause.

La frustration du téléspectateur est grande. Le débat, long, a souvent ignoré le problème d’une France si réticente à s’adapter à la mondialisation. Les évidences, économiques notamment, se sont estompées. L’exemplarité de l’Allemagne n’a finalement pas fait débat. Le clivage sur la fiscalité des plus riches est apparu net, mais l’expérience de la présidence a finalement peu porté dans un débat long, où le candidat socialiste est parvenu à faire oublier son inexpérience gouvernementale. Un regret : l’absence d’intervention des journalistes. Le débat, compte tenu de leur passivité – leur inutilité ? - a fait place au face-face, souvent indigeste, collection d’affirmations.

Il s’agissait pour François Hollande de convaincre qu’il peut accéder à l’Elysée. Contrat rempli, sans pour autant lever le flou qu’on lui reproche souvent, avec un moment difficile sur l’immigration, sujet de prédilection de son concurrent.

Il s’agissait pour Nicolas Sarkozy de faire oublier ses excès, son tempérament, son habitude de diviser et d’accuser. Mission à demi accomplie. Il restait au chef de l’Etat sortant à faire valoir son expérience, son énergie, sa connaissance des dossiers. Ce fut chose faite. Mais la capacité de son rival à lui servir, des statistiques et des faits précis lui a compliqué la tâche. Nicolas Sarkozy n’est pas parvenu à le pousser dans les cordes. Comme si, à force trop parler de lui, tandis que François Hollande s’efforçait de recadrer son projet et d’en montrer la cohérence, il s’était laissé rattraper par son personnage. « Flanby » a démontré qu’il pouvait rivaliser en autorité avec « Sarko ». Qui le croyait ?