Si tout va bien, Joseph Kabila – nommé in extremis pour prendre la relève après l'assassinat la semaine dernière de son père, Laurent-Désiré Kabila – doit prêter serment ce vendredi comme président de la République démocratique du Congo (RDC). La cérémonie, prévue jeudi, a été retardée pour «question de logistique». Vraiment? Ou y aurait-il de sérieuses réserves au sein de l'armée, de la classe politique et du gouvernement congolais sur le nouveau promu? «Ils doivent être nombreux à vouloir démontrer son illégitimité et prendre sa place», estime Mubengay Bafwa, secrétaire de Congo Defense Fund, organisation de ressortissants congolais de Suisse.

En effet, certains dirigeants politiques congolais, dont le vétéran Etienne Tshisekedi, ont refusé de reconnaître le pouvoir de Joseph Kabila, l'accusant d'être né d'une mère tutsie rwandaise. D'ailleurs, certains d'entre eux n'hésitent pas à dire que les jours du jeune Kabila à la tête du pays sont comptés. Il faut savoir que, depuis quelques années, une haine anti-tutsie extrême se fait beaucoup ressentir en RDC. Les images de jeunes Tutsis attachés à des pneus et brûlés vivants en 1997-1998 à Kinshasa doivent hanter encore beaucoup d'esprits.

Ainsi à la vieille de sa prestation de serment, les langues se délient non pas sur la capacité de Kabila Jr à gouverner un pays déchiré par la guerre et dont près des deux tiers sont sous le contrôle des rebelles soutenus par le Rwanda et l'Ouganda, mais sur son origine raciale et sur son appartenance à la nation congolaise. Sa mère, une Tutsie rwandaise, a vécu avec Laurent-Désiré Kabila pendant plusieurs années, d'abord en Tanzanie, puis en Ouganda. Elle y vivrait encore avec deux de ses filles. Les révélations vont plus loin: Joseph serait le demi-frère du général James Kabare, chef d'état-major adjoint des Forces armées rwandaises, au temps de l'ex-président Juvénal Habyarimana. L'homme se serait rallié plus tard au Front patriotique rwandais de Paul Kagame.

Ensuite, selon L'Intelligent-Jeune Afrique, Kabila Jr serait très proche de Deogracias Bugera, ancien secrétaire général de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), ancien ministre de Kabila, qui a depuis fait dissidence et rejoint la rébellion.

A Genève, Mubengay Bafwa refuse d'entrer dans des considérations ethniques ou nationalistes. Il note d'abord que les Occidentaux n'ont pas rejeté le nouvel homme fort, que la jeunesse congolaise est séduite par ce jeune personnage parce qu'il voit la politique d'une autre manière que son père (il a lancé un appel au dialogue à toutes les parties impliquées dans le conflit) et que seuls de vieux politiciens posent des questions sur sa légitimité. «Quelle que soit son origine, l'essentiel est qu'il puisse jeter un pont entre les belligérants et amorcer un retour au dialogue et à la paix», déclare M. Bafwa. Et d'ajouter: «La nationalité n'est pas liée au sang ou à une ethnie; elle est liée à la volonté de vivre et de s'identifier avec une communauté.»

Mubengay Bafwa affirme par ailleurs que les Tutsis du Rwanda ne peuvent pas être considérés comme les ennemis éternels des Congolais et rappelle que l'objectif de tous dans la région des Grands Lacs est de mettre fin à la guerre.