Comme chaque dimanche, la Place communale de Molenbeek-Saint-Jean, l’une des dix-neuf communes de la capitale belge, se transforme en marché local de fruits et légumes. Mais hier, au milieu du brouhaha des maraîchers, les badauds s’arrêtaient pour jeter des regards furtifs vers l’immeuble blanc, adjacent à la place. La raison: samedi soir, la police antiterroriste y a effectué une descente et a perquisitionné l’un des appartements. Un jeune de 25 ans y a été arrêté, en relation avec les attentats de Paris.

A l’autre bout de la place, la Maison communale est ouverte. Un dimanche par mois, il s’y donne un concert de musique classique gratuit. A l’affiche hier: le Duo Anonymous. Une trentaine de spectateurs écoutent, imperturbables, de la musique baroque. Non loin de là, une cinquantaine de journalistes font le pied de grue dans l’attente d’un commentaire des autorités judiciaires ou politiques sur les événements en cours. Car, la veille, le ministre belge de l’Intérieur, Jan Jambon, a publiquement dénigré la commune, affirmant qu’elle n’était pas à la hauteur en matière de lutte antiterroriste et qu’il allait prendre personnellement les choses en main.

Cette forte présence médiatique s’explique aussi par le fait que sept interpellations ont été effectuées durant le week-end en lien avec les attentats de Paris. «Une fois de plus, Molenbeek est associé à l’islamisme radical», regrette Soufiane, un commerçant. Les quatre derniers incidents terroristes en Belgique et en France voisine ont en effet un lien avec cette commune de 100 000 habitants, en majorité de confession musulmane et d’origine marocaine. Cité par le quotidien Le Figaro, l’expert belge des questions relatives à la lutte antiterroriste, Claude Moniquet, explique que des réseaux salafistes sont actifs en Belgique et que Molenbeek, en particulier, offre un terreau fertile pour le recrutement de djihadistes.

La Belgique est le premier exportateur de djihadistes européens en Irak ou en Syrie par rapport à sa population. Le ministère belge de l’Intérieur estime à 828 ressortissants Belges qui présentent un profit d’islamiste radical, dont 270 se sont rendus en Irak ou en Syrie, 129 seraient de retour et 352 sont de potentiels candidats à se rendre dans une zone de combat. Et la majorité d’entre eux viennent de cette commune.

Molenbeek, havre de l’islam radical? La population rejette avec force la stigmatisation. Mahmad, la quarantaine, est né, a grandi et vit dans la commune. Il a hérité de la petite entreprise familiale, un petit commerce de meubles. «Les terroristes qui ont tué 130 personnes me dégoûtent, dit-il. Et je refuse qu’on m’associe à ces malfrats uniquement parce qu’ils sont des musulmans comme moi.» Son ami Yousouf, un pâtissier qui travaille à proximité, est un pratiquant et se rend à la mosquée tous les vendredis. «On n’y prêche jamais la haine, dit-il. Les djihadistes se radicalisent par le biais des réseaux sociaux.»

Ahmed El Khannouss, député au parlement bruxellois et membre de l’exécutif de la commune de Molenbek, refuse également de croire que sa commune sert de base arrière à l’islam radical européen. «Cette partie de la ville est historiquement un lieu de passage et nous ne pouvons pas contrôler tout le monde qui y passe", dit-il. En revanche, il admet qu’elle pourrait être un terreau fertile pour le recrutement de djihadistes.». «Nous vivons dans un ghetto», renchéri Anwar, un Pakistanais sans emploi. «Le taux de chômage est de 26% contre la moyenne de 21 pour Bruxelles. Pour ce qui est des jeunes au-dessous de 26 ans, le taux grimpe à 46%.»