«Je suis triste, très triste, Melissa avait mon âge», témoigne Giada Zammillo, qui fréquente un autre lycée de ce quartier habituellement tranquille.

«J’ai entendu l’explosion alors que j’étais encore dans le bus, j’ai eu très peur», raconte la frêle jeune fille, les yeux embués de larmes, avant de déposer une rose blanche devant un muret encore noirci par les traces de l’explosion.

Depuis le début de la matinée, c’est un défilé incessant d’anonymes venus témoigner leur solidarité aux victimes et à leurs proches. Les gerbes et bouquets s’entassent, sagement alignés par un membre de la Protection civile italienne qui fait accéder un par un les visiteurs sur le lieu de la tragédie.

«Moi aussi, j’ai une fille de cet âge-là. Seule une mère peut comprendre la douleur de perdre un enfant», confie Carla Saponaro, 44 ans, entièrement vêtue de noir et les yeux cachés derrière de grandes lunettes de soleil. «Pour moi, c’était impossible de ne pas venir ici», ajoute-t-elle.

Derrière elle, un jeune garçon en aube blanche qui vient de célébrer sa communion solennelle attend lui aussi pour déposer un lys blanc, la fleur symbole de la pureté et de l’innocence.

Pendant ce temps, les enquêteurs continuent sans relâche leur travail: ils inspectent toute la zone entourant le lycée pour localiser l’endroit d’où l’auteur de l’attentat aurait déclenché l’explosion de trois bonbonnes de gaz reliées entre elles.

«D’ici 48 heures, je suis convaincu que nous connaîtrons les raisons de cette tragédie», veut croire le proviseur du lycée Morvillo-Falcone, Angelo Rampino, encore sous le choc, dans un entretien acccordé à l’AFP devant son établissement.

Le procureur général de Brindisi, Marco Di Napoli, a pour sa part annoncé dimanche que la piste d’un «acte isolé» était privilégiée.

«Nous devons continuer à aller à l’école sans avoir peur, on ne peut pas arrêter de vivre à cause d’un fou», affirme Paolo Ostuni, un jeune de 16 ans arrivé en scooter.

«J’ai voulu venir ici aujourd’hui parce que c’est un devoir: ça pouvait arriver à n’importe lequel d’entre nous», ajoute-t-il avant d’enlever son casque et de prendre sa place dans la file d’attente, où les jeunes, souvent accompagnés de leurs parents, sont très nombreux.

Un jeune père accompagne son petit garçon jusqu’au muret et lui fait déposer un bouquet de marguerites avant de le reprendre dans ses bras et de s’éloigner en silence.

L’heure est au recueillement et à la dignité, comme dans une église à l’occasion d’un enterrement: pas d’éclats de voix, mais des chuchotements.

Même devant les caméras des dizaines de journalistes venus du monde entier, le ton reste mesuré et prudent: «Il faut laisser la justice faire son travail» est une opinion récurrente dans les propos recueillis auprès des habitants de Brindisi, visiblement encore sous le choc.

«C’est la première fois dans l’histoire de l’Italie qu’on s’attaque à une école», souligne avec amertume le proviseur. «Au Etats-Unis, il y a déjà des tireurs fous qui ont commis des massacres dans des écoles, mais je n’aurais jamais cru que cela puisse se produire ici», dit-il, encore incrédule.