C’est l’ancien ennemi numéro un des Iraniens avant les Etats-Unis, à savoir le Royaume Uni, qui a essuyé les plus violentes attaques de Téhéran ce week-end. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a d’abord accusé Londres de complot, affirmant que des «éléments liés aux services secrets britanniques» avaient afflué en Iran avant l’élection. Un peu plus tard sur son site web, le président Ahmadinejad renchérissait en s’adressant aux Britanniques mais aussi aux Américains: «ce n’est pas en tenant des propos hâtifs que vous entrerez dans le cercle des amis de la nation iranienne, pour cette raison, je vous demande de cesser vos ingérences.»

Londres a «rejeté catégoriquement l’idée que les manifestants en Iran sont manipulés ou motivés par des pays étrangers», selon le secrétaire britannique au Foreign office, David Miliband. A Washington aussi, la démocrate Dianne Feinstein, qui dirige la Commission du renseignement au Sénat, a déclaré que les services de renseignement américains n’avaient que peu de prise sur ce qui se passe en Iran. Leur capacité à «changer le cours des événements est très faible», a-t-elle dit.

Dans sa colère Téhéran a aussi décidé d’expulser le correspondant permanent de la BBC à Téhéran, Jon Leyne, qui a 24 heures pour quitter le pays pour avoir «soutenu» les émeutiers, selon l’agence Fars, proche du gouvernement. D’autres mesures suivront si les médias britanniques continuent «d’interférer dans les affaires intérieures de notre pays en diffusant des informations mensongères ou inexactes de l’Iran». Un journaliste canadien d’origine iranienne travaillant pour l’hebdomadaire américain Newsweek a été arrêté ce dimanche.

De nouvelles arrestations d’opposants ont aussi eu lieu ce week-end comme celle de cinq membres de la famille de l’ancien président Rafsandjani dont sa fille, Faezeh Hachemi, un des soutiens de l’opposant Mir Hossein Moussavi et qui a participé à plusieurs manifestations la semaine dernière. Tous les cinq sont désormais libres, a confirmé l’agence semi-officielle Fars ce lundi matin.

Paris et Berlin en pointe

Le gouvernement iranien a convoqué les ambassadeurs et représentants des 27 pays européens en poste à Téhéran.

Une liste d’ambassades acceptant des réfugiés blessés à Téhéran a circulé sur la Toile tout ce week-end, comprenant notamment l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, la Finlande, la France et le Mexique. Plusieurs ambassades en Iran ont reçu des e-mails leur demandant d’ouvrir leurs portes aux manifestants de l’opposition pour qu’ils puissent s’y réfugier. Aucun cas de demande effective d’asile n’a été confirmé, a-t-on appris dimanche de sources diplomatiques. Sur le site de micromessages Twitter, plusieurs blogueurs dissuadaient les blessés samedi de se rendre dans les hôpitaux pour se faire soigner, en raison des contrôles effectués par les bassidjis à l’entrée, et les incitaient plutôt à se rendre justement dans les ambassades.

Tous les pays européens ont durci le ton ce week-end. Rome appelle l’Iran à «favoriser la fin des violences» et à «vérifier la volonté exprimée par le peuple» lors de l’élection présidentielle. Le président français qualifie l’attitude des autorités iraniennes d’«inexcusable… ce qui se passe en Iran est extrêmement inquiétant», selon les déclarations de Nicolas Sarkozy à une agence de presse qatarie.

Auparavant, Mme Merkel s’était elle aussi montrée particulièrement déterminée. «J’appelle fermement les dirigeants iraniens […] à procéder à un nouveau décompte des voix de la présidentielle», a-t-elle déclaré dans un communiqué. Les autorités iraniennes doivent «autoriser les manifestations pacifiques, ne pas faire usage de violence à l’encontre des manifestants, libérer les opposants emprisonnés, et autoriser les médias à couvrir librement» les événements, a dit la chancelière.

De nouvelles manifestations ont eu lieu ce dimanche dans l’Union européenne notamment à Hambourg, Berlin ou Paris.