Lancé en grandes pompes par la Confédération en septembre 2007, le Forum humanitaire mondial a annoncé mercredi qu’il cessait ses activités. On l’a dit mal défini, mal géré et trop dispendieux. Le point avec Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies et président de son conseil d’administration.

Le Temps: Comment vous sentez-vous, au lendemain de la fermeture du Forum humanitaire?

– Kofi Annan: Déçu. Je suis déçu que l’on ait dû cesser des activités et des projets merveilleux, portés par des jeunes gens extrêmement motivés. Il était primordial d’amener la question climatique dans l’agenda politique international, nous l’avons fait. Le changement climatique a un impact aujourd’hui sur les populations, ce n’est pas un problème d’avenir, c’est tout à fait actuel. Notre campagne Tck Tck Tck pour la justice climatique a d’ailleurs mobilisé 15 millions de personnes. Nous croyions en notre mission, mais des problèmes financiers et un manque de soutien politique ont malheureusement stoppé notre course.

– Les soucis budgétaires ont-ils été la seule cause de la faillite?

– Des questions de management se sont également posées, certaines erreurs auraient pu être évitées. Nous, membres du Conseil d’administration, aurions pu corriger la situation si nous avions été avertis plus tôt de l’ampleur des problèmes. En juin 2009, nous avons demandé à la direction de réaligner les activités et les dépenses, nous souhaitions aussi une plus grande transparence, mais il était déjà trop tard. Walter Fust, le directeur, n’a pas obtenu de la Confédération la garantie d’emprunt nécessaire et la situation a continué à s’aggraver.

Avez-vous vraiment tout fait pour sauver le FHM et trouver des fonds? Les pays partenaires, par exemple, n’ont pas été contactés ces dernières semaines en vue d’une aide subsidiaire.

– C’est une partie du problème. Nous avons approché nombre de donateurs potentiels, publics et privés. Mais à partir du moment où le fondateur du Forum, à savoir le gouvernement suisse, décide d’éponger la dette à la condition que l’organisation ferme ses portes, il est difficile d’aller demander de l’argent à d’autres pays. Les Etats préfèrent évidemment payer pour des programmes que pour des dettes.

– Vous semblez amer…

– Non, je ne suis pas amer, je suis déçu. Les discussions avec le Conseil fédéral ont duré des semaines sans avancer. C’est Ivan Pictet qui a débloqué la situation en offrant de prendre à sa charge une partie des créances. Berne a alors suivi. Monsieur Pictet a été soucieux de l’image de la Suisse, de celle de la Genève internationale et de la réputation des membres du conseil de fondation, nous l’en remercions.

– Walter Fust pointe essentiellement la crise comme responsable de la faillite. Un facteur aggravant?

– Oui, nous sommes mal tombés. Le Forum a été lancé en 2007 et la crise est survenue peu après. Plusieurs pays et sociétés privées, dès lors, ont fait des promesses de soutien qu’ils n’ont pas tenues.

– D’autres reprochent au Forum une absence de définition claire.

– Le mandat était bien défini, notre objectif étant de mettre en relation des gens qui ne se parlent pas habituellement – gouvernements, entreprises, ONG, chercheurs, militaires – et d’amener ces acteurs à œuvrer ensemble dans le domaine humanitaire. Nous avons axé nos programmes sur les populations face au changement climatique, la justice climatique, les réfugiés de l’environnement et la protection des communautés vulnérables.

– Que vont devenir les projets du Forum?

– Le World Economic Forum a évoqué mercredi sa volonté de reprendre les grands thèmes du FHM dans son programme. Nous sommes en discussion avec des organisations existantes concernant la poursuite de notre projet «Weather info for all» (ndlr, l’utilisation d’antennes téléphoniques en Afrique comme stations météo afin d’informer les populations les plus vulnérables des intempéries à venir). Tout le monde a travaillé dur; le staff est déçu, le conseil également. En réalité, nous sommes déçus de la base au sommet, mais c’est la vie.