La pandémie va continuer à avoir des répercussions négatives sur le marché du travail. Présentant son rapport «Emploi et questions sociales dans le monde» pour 2022, le directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), Guy Ryder, a dû se résoudre à le souligner: les projections globales pour le monde du travail ne sont pas bonnes. «Le marché du travail va récupérer beaucoup plus lentement que prévu», a-t-il relevé. En 2022, le nombre total d’heures travaillées à l’échelle globale sera inférieur de 1,8% à ce qu’il fut en 2019 avant le début de la pandémie. Cela représente un déficit de 52 millions d'emplois à plein temps. Cette année, 207 millions de personnes devraient rester sans emploi, soit 21 millions de personnes en plus qu’avant la crise sanitaire. Le taux de chômage global est estimé à 5,9% pour 2022, un niveau inférieur à l’an dernier (6,2%), mais supérieur à celui qui prévalait avant la pandémie de Covid-19 (5,4%).

Lire: En raison du covid, le monde devrait recenser 205 millions de chômeurs en 2022

Divergences régionales

Les divergences régionales sont considérables. L’Amérique du Nord et l’Europe «montrent des signaux encourageants» de reprise, explique Guy Ryder. A contrario, l’Amérique du Sud, les Caraïbes et l’Asie du Sud-Est risquent de devoir attendre au moins jusqu’en 2023 pour voir la situation s’améliorer. Les pays à faible et à moyen revenu souffrent davantage des conséquences de la pandémie. Ayant moins eu accès aux vaccins, ils ont vu leurs systèmes de santé et le marché du travail très touchés. A l’échelle mondiale, la participation de la population active au marché du travail devrait légèrement augmenter en 2022 (59,3%) par rapport à l’an dernier (58,6%), mais ne va pas retrouver le niveau de 2019 (60,5%). Cette année devrait révéler un déficit de 40 millions de travailleurs.

Ces chiffres illustrent en partie le phénomène de la «grande démission» qui a été constatée au cours de la pandémie, en particulier aux Etats-Unis où de très nombreuses personnes ont quitté leur travail. «Le Covid-19 a poussé de nombreuses personnes à reconsidérer le travail qu’elles occupaient. Il y a eu une forme de «clarification covid» comme disent les spécialistes. Certains ont souhaité faire d’autres choix», insiste le directeur général de l’OIT. Dans les pays en voie de développement, le phénomène a été beaucoup moins marqué, car une majorité d’emplois se trouvent dans l’économie informelle. «Quand on est son propre employeur, il est difficile de changer», ajoute Guy Ryder. Les départs en masse, ajoute-t-il, touchent de manière disproportionnée les femmes qui ont des emplois au «front», dans le domaine des soins notamment. Dans la santé, 70% du personnel sont des femmes. Un nombre considérable de femmes ayant subi les effets de la pandémie ont quitté le marché du travail. Et ce qui inquiète le patron de l’OIT, c’est que tout indique qu’elles ne reviendront pas sur le marché du travail dans la même proportion. «La pandémie, constate-t-il, a de fait accentué une situation qui existait déjà avant la crise sanitaire.»

Télétravail

Et le télétravail, obligatoire actuellement en Suisse? Guy Ryder estime qu’il y sera davantage recouru que par le passé et qu’il va demeurer important dans le cadre d’une digitalisation accélérée des processus de travail. «Jusqu’ici, les gens ont surtout été obligés de faire du télétravail. Nous espérons qu’à l’avenir, il y aura le choix» pour trouver un bon équilibre entre le télétravail et le travail en présentiel.