FRANCE

Le Mondial est peut-être sauf, mais la grève d'Air France fait école

Face aux multiples revendications qui pointent à l'horizon, la stratégie actuelle du gouvernement consisterait, dans l'immédiat, à faire quelques concessions aux syndicats. Mais à trop concéder…

Aentendre les responsables du syndicat des pilotes d'Air France, le SNPL, la grève qu'ils menacent de faire durer jusqu'à la grande fête du football, dès le 10 juin prochain, sera bien plus qu'une grève: la guerre. «Nous allons à la guerre», lit-on dans un de leurs tracts, et «il va falloir préparer nos familles, notre entourage, faire des provisions financières». Pourtant, aux menaces apocalyptiques des porte-parole, annonçant que, faute de concessions de la part de la direction et du gouvernement, les conséquences en seraient «dévastatrices» pour Air France, le vent serait en train de tourner, même si une solution n'est pas encore à l'horizon.

Pour simplifier le tableau, on dira qu'au renoncement, par la compagnie, à la double échelle de salaires et à sa souplesse sur la question de l'échange salaires-actions, les pilotes répondent par plus de compréhension. Le débrayage, qui a déjà coûté jusqu'ici plus de 100 millions de francs français à la compagnie, est appelé à engloutir une très large part du bénéfice 1997-98 (1,9 milliard de FF), surtout s'il se poursuit. Seuls 20 à 30% des vols ont pu être assurés ces deux derniers jours.

D'où vient alors l'apparente sérénité du premier ministre, qui jusqu'ici est resté très silencieux, laissant surtout le ministre des Transports, Jean-Claude Gayssot, s'exposer? Comme le relève Le Parisien, citant un de ses proches, Lionel Jospin est prêt à en découdre avec les pilotes, car ils seraient, dans son idée, incapables de perturber sérieusement la Coupe du monde. Tout au plus quelques supporters. La stratégie actuelle du gouvernement consisterait, dans l'immédiat, à faire quelques concessions pour permettre aux syndicats minoritaires de reprendre le travail. Ainsi 40% des vols seraient assurés, ce qui garantirait, avec le concours des compagnies étrangères, l'essentiel des vols prévus. Pour les vols intérieurs, la route et le rail devraient suffire à l'appoint.

Le calcul de Matignon – pour risqué qu'il peut paraître – a en ligne de mire les effets secondaires que trop de concessions, ici, peuvent provoquer, les pilotes donnant des idées aux autres catégories de personnel d'Air France et à d'autres secteurs de l'économie. D'ailleurs, le mouvement s'amorce déjà. Sur les pistes des aéroports en premier lieu, où les mécaniciens au sol sont tentés par la grève. Les hommes de l'assistance au sol des avions étrangers ont bloqué mercredi une des entrées passagers de l'aérogare de Roissy. Le mouvement a aussi gagné les chargés de coordination sur les pistes, qui travaillent pour plus de 60 compagnies étrangères.

Mais c'est aussi le cas des contrôleurs de train, qui dès jeudi soir, se sont mis en grève pour deux jours. Plus inquiétant: la semaine prochaine, les autonomes de la FGAAC (agents de conduite de la SNCF) annoncent une grève pouvant aller du 9 au 15 juin, soit en pleins débuts du Mondial. Mais leurs revendications, modestes en regard de celles des pilotes, auraient des chances d'être satisfaites.

Il n'empêche: la journée de jeudi, à Paris, a été bousculée par la conjonction de plusieurs manifestations simultanées, provoquées par la CGT: celle d'EDF-GDF (en grève pour vingt-quatre heures), celles des ouvriers des arsenaux (Brest et Toulon surtout) très inquiets des baisses de commande de l'armée, celle des grands magasins enfin, qui protestent contre le travail supplémentaire, non rémunéré, provoqué par la Coupe du monde. Enfin, entamées le 1er mai, des marches de chômeurs ont convergé hier dans la capitale. Dans un concert interminable d'avertisseurs, la rue a été littéralement séquestrée par les manifestants. Dans le même temps cependant, le personnel de la RATP (bus et métros) a très peu suivi l'appel à la grève et 90 à 100% des rames de métro ont roulé toute la journée. Comme si, ici comme là, soit en anticipant l'événement, soit en renonçant à débrayer, on voulait, à tout prix, éviter de gâcher la fête qui se prépare.

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