Église

Monseigneur Morerod: «Il ne serait pas chrétien de ne s’intéresser qu’à la souffrance des chrétiens»

Difficile de célébrer la fête pascale pour les catholiques, au sein d’une Eglise ébranlée par les révélations d’abus sexuels de ces derniers mois, une cathédrale Notre-Dame en partie détruite par les flammes, et des attaques terroristes au Sri Lanka contre ses fidèles? L’évêque des diocèses romands Charles Morerod redit l’importance à Pâques de la foi nouvelle

Dimanche, les catholiques sri-lankais, à l’instar de ceux du reste du monde, célébraient la messe de Pâques, l’un des temps forts de l’année religieuse chrétienne, lorsque les premières déflagrations des attaques aujourd’hui revendiquées par l’Etat islamique ont eu lieu. Trois églises ont notamment été la cible d’attentats suicides, provoquant au total la mort de 321 personnes. Cette tragédie pascale vient s’ajouter à un contexte temporel particulièrement lourd pour les catholiques. Certes, ces événements ne sont pas liés entre eux mais chargent la croix que portent les fidèles. 

Des révélations en série sur des affaires de pédophilie ou d’abus sexuels ont mis en cause ces derniers mois de nombreux prêtres jusqu’au sommet du clergé, l’incendie de la cathédrale des catholiques de France la semaine dernière a fait perdre un repère symbolique majeur aux croyants, avant qu’ils n’apprennent le massacre de leurs frères au Sri Lanka. Les catholiques ont-ils vécu une Pascha horribilis cette année? L’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Monseigneur Morerod apporte son regard sur les malheurs actuels de l’Eglise catholique.

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Le Temps: Comment célébrer une messe pascale dans le contexte chargé touchant actuellement les catholiques?

Monseigneur Morerod: J’ai mentionné Notre-Dame de Paris lors de la messe chrismale, lors de la bénédiction des huiles qui sont utilisées par exemple pour la confirmation ou l’onction des malades, l’incendie datait alors de la veille. Quant aux autres éléments, j’en avais souvent parlé avant, et je n’étais pas encore au courant des attaques au Sri Lanka lors de la célébration pascale. Je suis triste que l’on attaque une Eglise, mais je suis encore plus triste qu’on utilise le nom de Dieu pour justifier une violence. Je ne réagirais pas différemment si l’on attaquait une autre communauté, d’ailleurs les musulmans sont les premières victimes de l’Etat islamique, et il ne serait pas chrétien de ne s’intéresser qu’à la souffrance des chrétiens.

Avez-vous ressenti chez les fidèles un abattement, un ébranlement dans leur foi?

J’ai eu beaucoup d’occasions de parler de la crise des abus, et évidemment que les croyants sont choqués parce qu’ils voient bien le contraste entre leur foi, leur adhésion à l’Evangile, et les comportements scandaleux. Mais ça n’a pas été un thème frappant dans les discussions de la Semaine sainte. Les fêtes ont été vraiment joyeuses. A Pâques on accueille toujours des croyants pour qui la foi est nouvelle et heureuse, certes avec pleine conscience des problèmes.

Une longue série de profanations d’églises a été recensée depuis le début de l’année en France, la hiérarchie catholique reste pour l’instant silencieuse. Les catholiques semblent aujourd’hui être une communauté peu revendicative d’une protection. Sont-ils conscients de l’ampleur de leurs persécutions?

C’est le christianisme en général qui est la religion la plus persécutée au monde, pas seulement les catholiques. Nous le voyons, nous savons que l’on n’en parle guère, mais nous voyons aussi d’autres aspects. En Egypte, des musulmans ont entouré une église copte pour la protéger, par exemple.

On médiatise plus facilement la lutte contre l’islamophobie, l’antisémitisme, est-ce que l’on manque de moyens de lutte ou même de prise de conscience de la persécution dont les catholiques font l’objet?

Beaucoup n’en ont pas conscience. Ensuite les moyens manquent parfois lorsque l’Etat lui-même persécute (comme en Chine) ou que l’Etat est trop faible (comme au Nigeria, dans une certaine mesure). Même plus près de chez nous: il y a eu environ 450 églises profanées en France l’année dernière, mais il y a plus de 50 000 églises dans le pays. On ne peut pas mettre des policiers devant tous ces bâtiments (auxquels il faudrait ajouter les autres lieux de culte). Une société dépend de l’honnêteté de ses membres et de leur éducation à la paix, et nous pouvons y collaborer.

Il y a une propension des catholiques à être pressés dans le pardon, et à admettre leur culpabilité, voyez-vous dans cette attitude une façon de faire face aux obstacles actuels?

Il semble que l’on présuppose que les chrétiens vont tendre l’autre joue quand on les frappe, et aient intégré l’enseignement évangélique de l’amour des ennemis. Si on le présuppose vraiment, c’est plutôt un signe d’intelligence.

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