La «montée» des juifs vers Israël augmente

Proche-Orient 25 000 émigrants se sont installés en «Terre promise» cette année

Pour la première fois, les Français sont les plus nombreux

Il y a quinze mois à peine, Laurent S., 23 ans, joignait péniblement les deux bouts en tant que vendeur dans un magasin d’articles de sport bruxellois. Aujourd’hui, à Tel-Aviv, sa situation financière ne s’est pas beaucoup améliorée mais il se déclare «heureux» d’avoir effectué son alyah (terme hébraïque signifiant «montée») vers Israël, où il compte passer quelques années. Voire le reste de ses jours.

Né dans une famille mixte, de mère juive et de père protestant, le jeune homme ne s’était pourtant jamais senti attiré par l’Etat hébreu. Jusqu’à ce que l’affaire Dieudonné en France et des incidents antisémites à Bruxelles l’incitent à franchir le pas. «Au départ, c’était par dépit. Parce que je ne reconnaissais plus ma Belgique, affirme-t-il. D’ailleurs, j’envisageais plus mon départ en Israël comme une pause que comme une expatriation définitive. Mais j’ai accroché ici et je crois que je vais rester, même si la vie est beaucoup plus rugueuse qu’en Europe.»

Selon le Ministère israélien de l’intégration, l’alyah, qui connaissait un fort ralentissement depuis dix ans, a de nouveau le vent en poupe, puisque 25 000 nouveaux émigrants se seront installés dans l’Etat hébreu entre le 1er janvier et le 31 décembre 2014. Soit 25% de plus qu’en 2007. Cette année, et pour la première fois depuis la création de l’Etat hébreu en 1948, les Français seront d’ailleurs les plus nombreux: un peu plus de 5500 personnes. Ils seront suivis par les Ukrainiens (3600), les Russes (2600), et les Nord-Américains (2300).

Paradoxalement, l’afflux d’olim (immigrants) ne correspond pas à un renouveau du mouvement sioniste. Certes, à l’instar de ce groupe de Français qui s’est installé dans la colonie de Yakir, en Cisjordanie, il y a un mois, l’on trouve toujours des militants qui «montent» par idéal. Mais de nombreux nouveaux immigrants sont également motivés par des raisons plus terre à terre. Les Ukrainiens veulent ainsi échapper à la guerre, et les Russes cherchent surtout un meilleur avenir économique.

Quant aux Français, leurs explications varient. Si beaucoup affirment redouter la poussée de l’antisémitisme dans leur pays d’origine, ils reconnaissent aussi que le dynamisme économique israélien a fortement influé sur leur décision de «monter».

«Les opportunités professionnelles sont nombreuses dans ce pays. Contrairement à ce qui se passe en France, je ne devrai pas galérer pendant des années pour trouver un emploi à la mesure de ma formation», lâche Vanessa Setbon, 26 ans, diplômée d’une école de commerce française et serveuse dans un restaurant de Sarona, le nouveau quartier à la mode de Tel-Aviv.

Durant l’été, alors que l’opération «Bordure protectrice» battait son plein dans la bande de Gaza, 460 Français ont débarqué en Israël avec l’aide de l’Agence juive (AJ), la structure semi-officielle chargée de faciliter la «montée» des juifs en «Terre promise». Un tiers de ces nouveaux émigrants s’est installé dans les villes d’Ashdod et Ash­kelon, particulièrement visées par les tirs de roquettes.

«Personne n’a envisagé de reporter son départ à cause du Hamas car, pour beaucoup, vivre en Israël est la réalisation d’un vieux rêve», jubile Simon B., un ancien courtier en assurances désireux de «recommencer une nouvelle vie». «En Europe, j’avais peur de me promener avec une kippa sur la tête. Ici, je suis chez moi, que cela plaise ou non aux Arabes.» Et de poursuivre: «Lorsque j’ai annoncé que je quittais Marseille pour de bon, mes amis m’ont dit que c’était dangereux. Je leur ai répondu que je préférais ce danger-là aux manifestations pro-Hamas de l’été durant lesquelles les gens scandaient impunément des slogans antisémites dans les rues de Paris, de Bruxelles et de Berlin.»

Pendant cinq décennies, l’alyah a été le monopole de l’Agence juive et de sa bureaucratie d’un autre âge. Cependant, depuis quelques années, de nombreux olim la contournent en formant des groupes privés qui tentent l’aventure israélienne ensemble. A contrario, d’autres préfèrent préparer seuls leur départ. A leur rythme et sans rendre de comptes à qui que ce soit.

«Ils vendent tout ce qu’ils ont sur place et achètent un bien par notre intermédiaire peu avant leur arrivée, explique Benjamin Goldminc, responsable du département international de Nadlan Lev Tel-Aviv, une agence immobilière spécialisée dans cette clientèle. Le flux de ces olim indépendants grossit de mois en mois. La demande est tellement importante que nous manquons parfois de biens à leur proposer.»

«En Europe, j’avais peur de me promener avec une kippa sur la tête. Ici, je suis chez moi»