Espagne

La montée de l’extrême droite se concrétise en Andalousie

Les deux principales formations de droite, le Parti populaire et Ciudadanos, ont accepté de pactiser localement avec le mouvement extrémiste Vox

Pour Ciudadanos, formation libérale en vogue, l’événement est à la fois un jour de fête et celui de tous les dangers. Pour la première fois dans sa courte histoire, ce parti né en Catalogne en 2006 accède à la présidence d’un parlement espagnol, en l’occurrence l’hémicycle régional d’Andalousie. Mais, dans le même temps, sa députée Marta Bosquet est élue à ce poste symbolique grâce au soutien de l’extrême droite. Et ce n’est qu’un prélude: à la mi-janvier, sauf énorme surprise, la région la plus peuplée d’Espagne sera officiellement dirigée par une coalition hétéroclite de droite composée par le Parti populaire (PP), Ciudadanos et les extrémistes de Vox.

Tous les observateurs avaient prédit ce scénario au terme des élections législatives andalouses du 2 décembre, au vu d’un résultat historique marqué par deux surprises de taille: la fin de trente-six ans d’hégémonie socialiste et l’avènement d’une formation jusque-là ultra-confidentielle et sans aucune représentation parlementaire, Vox. En remportant 12 sièges et 395 000 suffrages, ce parti revendiquant l’adage franquiste «L’Espagne une et indivisible» devenait indispensable pour faire tomber le bastion socialiste.

Une entente entre des partis de droite

Tout comme le Parti populaire, la grande formation historique de la droite, Ciudadanos s’est donc trouvée face à un dilemme: fallait-il ou non rechercher le soutien de Vox pour en finir avec la domination socialiste? Son candidat andalou, Juan Marin, a tenté de faire de l’équilibrisme, en décrétant le changement tout en snobant l’extrême droite, jusqu’à ce que Vox lui impose d’officialiser l’entente tripartite avec le Parti populaire. Ce qui a donc été fait désormais.

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La coalition de droite a promis 90 mesures, concernant principalement des baisses fiscales, la lutte contre le déficit et des aides aux jeunes entrepreneurs. Pas un mot sur les revendications de Vox, qui exige la reconduction aux frontières de tous les immigrés sans-papiers, la construction d’un mur à Ceuta et Melilla, la suppression de l’enseignement de l’islam, la remise en cause des lois sur la violence conjugale… Il n’empêche: en signant une entente avec Vox, les partis de la droite classique se voient accusés par les forces de gauche – à commencer par le chef du gouvernement central, Pedro Sánchez – «de favoriser les thèses d’extrême droite».

Depuis l’an dernier, une droitisation de l’électorat espagnol se dessine. La cause principale: le défi des sécessionnistes catalans qui, le 1er octobre 2017, avaient organisé un référendum illégal, avant de déclarer symboliquement l’indépendance. «Depuis lors, souligne le politologue Enrique Gil Calvo, le Parti populaire et Ciudadanos ont capitalisé cet orgueil espagnol blessé, en évoquant la nécessité de recentraliser le pays et de mettre sous tutelle la Catalogne.»

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Une montée d’extrême droite

Mais personne n’avait imaginé le réveil de l’extrême droite, presque invisible depuis la fin du franquisme. Jusqu’aux élections andalouses du 2 décembre, avec la tonitruante entrée en scène de Vox. Désormais, les instituts de sondages créditent cette mouvance d’un bon score – autour de 10% – à l’échelle nationale et affirment qu’elle pourrait créer la surprise aux européennes et aux municipales de mai prochain. Au sujet de la «question territoriale» – le grand débat espagnol –, le chef de file de Vox, Santiago Abascal, défend la suppression des 17 parlements régionaux et une recentralisation d’inspiration franquiste.

Par ricochet, le Parti populaire et Ciudadanos sont gênés aux entournures. «Ils ont certes musclé leurs discours autour de l’unité nationale et de la fermeté vis-à-vis des séparatistes catalans, analyse Jesus Maraña, du journal en ligne Infolibre. Mais ils voient qu’une partie de l’électorat, désabusée par la classe politique, est de plus en plus sensible au message radical de Vox sur l’indivisibilité du pays, la dérive catalaniste et l’immigration illégale.»

Emmené par le libéral Albert Rivera, Ciudadanos cultive une ambiguïté vis-à-vis de Vox, en laissant entendre que le mouvement est désormais fréquentable. Ce n’est pas l’avis de Manuel Valls, l’ancien premier ministre français candidat aux municipales de Barcelone et proche de Ciudadanos, pour qui un «cordon sanitaire» doit être consolidé autour de l’extrême droite.

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