L'indépendance proclamée par le Kosovo le 17 février dernier n'en finit pas d'affecter les fragiles équilibres régionaux. Mercredi, la Serbie a remporté une importante victoire diplomatique, en obtenant le soutien des Nations unies à sa demande de saisine de la Cour internationale de justice. Cependant, le Monténégro a décidé jeudi de reconnaître l'indépendance du Kosovo et le débat est en cours en Macédoine.

Le gouvernement monténégrin a décidé jeudi, au terme d'une longue séance exceptionnelle, de reconnaître l'indépendance du Kosovo, passant outre l'opposition virulente de la communauté serbe (30% de la population du pays) et de la puissante Eglise orthodoxe. Belgrade a aussitôt demandé à l'ambassadeur monténégrin de quitter son poste. En Macédoine, le parlement était toujours réuni en session extraordinaire sur le sujet, jeudi en début de soirée. Cette session avait été demandée par les partis albanais, qui disposent de 25 élus sur les 120 du Sobranje, le parlement macédonien.

Depuis le 17 février, le Monténégro et la Macédoine sont pris entre plusieurs feux. Les USA et les pays occidentaux exercent de lourdes pressions en faveur de la reconnaissance, alors que le Monténégro et la Macédoine aspirent tous deux à rejoindre l'OTAN et l'Union européenne. Dans le même temps, la Serbie reste le premier partenaire commercial des deux pays et agite la menace de mesures de rétorsion.

La question se pose aussi en termes compliqués sur un plan intérieur. Les partis représentant la communauté albanaise de Macédoine (25% de la population du pays) militent naturellement pour la reconnaissance, mais l'opinion macédonienne y est très hostile. Au Monténégro, les Albanais ne représentent que 7% de la population du pays, tandis que la reconnaissance risque de provoquer de vives réactions de la communauté serbe.

En réalité, une course de vitesse s'est, paradoxalement, engagée. En demandant la saisine de la Cour internationale de justice, qui dispose d'un délai de deux ans pour rendre son avis sur la «conformité au droit international» de la proclamation unilatérale d'indépendance du Kosovo, Belgrade cherche avant tout à bloquer durablement le processus de reconnaissance du nouvel Etat. Jusqu'à présent, seuls 48 pays ont reconnu le Kosovo, bien moins que ce qu'espéraient les dirigeants de Pristina et leurs alliés occidentaux. Les Etats-Unis ont donc mis tout leur poids dans la balance pour que le Monténégro et la Macédoine franchissent au plus vite le pas de la reconnaissance.

Intégration européenne

Les dirigeants serbes n'ont pas la naïveté de croire que les pays qui ont déjà reconnu le Kosovo pourraient revenir sur leur décision, quel que soit l'avis que rendra la Cour internationale de justice. Belgrade espère profiter du délai pour ouvrir de nouvelles négociations, et avance plusieurs cartes, notamment celle d'une partition du Kosovo, une option qui était pourtant officiellement taboue il y a encore quelques mois.

Durant cette période, la Serbie espère également franchir de grands pas dans la longue route de l'intégration européenne, et se retrouver en position de force face à un Kosovo resté bloqué par les incertitudes juridiques autour de son statut.