Ils en rient encore. Mardi soir, les habitants de la cité des Bosquets, à Montfermeil, ont été survolés par un hélicoptère qui, racontent-ils, a balayé leur quartier avec une «grosse lumière». «Sarkozy était dedans», croient savoir certains - ce qui est faux, mais le ministre de l'Intérieur s'est bien déplacé dans une commune voisine, où il a dénoncé des actes «inadmissibles» commis avec «préméditation».

Dédale d'immeubles où vivent des milliers de personnes, la cité des Bosquets a connu, lundi et mardi soir, des affrontements qui rappellent l'embrasement des banlieues françaises à l'automne dernier. «Mardi, c'était hallucinant», témoigne Sabrina Denaï, une habitante de Montfermeil dont la sœur a filmé la scène sur son téléphone portable. «Il y avait des flics partout, ça tirait au «gom-gom» (ndlr: munition pour flash-ball), les jeunes avaient des fumigènes...» Du coup, les médias français ont repris le décompte des voitures brûlées: une dizaine dans la nuit de mardi à mercredi.

A l'origine des troubles, il y a comme presque toujours une affaire d'honneur et de conflit avec la police. Lundi, un jeune des Bosquets a été arrêté pour avoir agressé un chauffeur de bus. Selon le bruit qui s'est répandu dans la cité, sa mère aurait été malmenée par les policiers et «à moitié dénudée», alors que le suspect était emmené «en slip devant elle». Pour Mohammed, un dealer de cannabis qui «tient» un hall d'immeuble à l'entrée de la cité, c'est inacceptable: «Ils ne l'ont pas respectée. Moi, si on touche à ma mère, je prends des armes pour attaquer le commissariat», explique-t-il en prédisant que les émeutes vont continuer encore quelques nuits, afin de venger l'affront.

Les forces de police savent que la situation est explosive. La cité des Bosquets forme un ensemble avec celle du Chêne-Pointu, dans la commune adjacente de Clichy-sous-Bois. C'est de là qu'était partie la crise des banlieues, il y a six mois, après la mort de deux adolescents électrocutés dans un transformateur alors qu'ils cherchaient à fuir la police. Leur compagnon, grièvement blessé lors de l'accident, a d'ailleurs été interpellé durant les échauffourées de mardi soir.

Comme beaucoup de villes de banlieue, Montfermeil est composée de deux univers distincts, séparés seulement par quelques mètres de bitume. D'un côté, le centre, village prospère et bien entretenu, entouré de pavillons coquets où vivent les «Français de souche»; de l'autre, la cité des Bosquets, avec son délabrement mal caché par des couches de peinture fraîche, son marché bigarré et ses bandes de jeunes. «Ce sont des mondes à part et qui ne se mélangent pas», explique Alexandra, qui a quitté la commune il y a six mois.

Représentant sociologique de la zone pavillonnaire, le maire Xavier Lemoine, un élu de l'UMP de Nicolas Sarkozy, a lancé une offensive sécuritaire tous azimuts depuis l'automne dernier. En mars, il a demandé à la police de faire cesser les bruyantes courses de moto organisées en lisière des Bosquets. Un mois plus tard, il a pris un arrêté interdisant aux mineurs de se rassembler à plus de trois dans le centre-ville. Sa villa, distante d'à peine 150 mètres des Bosquets, est gardée par la police après l'attaque de jeunes de la cité qui protestaient contre cette mesure, finalement invalidée par la justice. La façade de verre du poste de police des Bosquets porte encore les stigmates des émeutes qui avaient éclaté à ce moment-là.

Le maire affirme que, depuis novembre 2005, la criminalité dans sa ville a presque doublé, et que les vols avec violence ont progressé de 600%. Mais ces chiffres inquiétants suscitent le scepticisme de certains habitants: «Moi, il ne m'est jamais rien arrivé, il n'y a pas plus de violence qu'ailleurs», estime Alexandra, qui habitait dans un pavillon à côté des Bosquets. Sabrina Denaï pense même que la sécurité dans la cité s'est beaucoup améliorée depuis dix ans: à cette époque, les étrangers qui y pénétraient le soir avaient peu de chances d'en ressortir sans s'être fait dépouiller.