Canada 

A Montréal, la campagne américaine monopolise les esprits

Plus de deux cents étudiants québécois en relations internationales se sont réunis dans un bar de Montréal pour suivre le troisième débat Clinton-Trump, commenté et analysé par leurs professeurs

A une heure de route seulement des Etats-Unis, la ville de Montréal est directement concernée par l’issue des élections américaines. Mercredi soir, à 19h30 (heure locale), plus de deux cents étudiants en relations internationales de l’Université de Montréal (UdM) et de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se sont réunis pour regarder le troisième débat Clinton-Trump. Dans un bar du plateau Mont-Royal, au cœur de la ville, les jeunes passionnés de stratégie politique, un verre de bière à la main, tantôt s’offusquent, tantôt ricanent en réaction aux propos des candidats à la présidentielle américaine. Ils se savent concernés: un durcissement du libre-échange mettrait en péril leur économie.

Lire aussi: Donald Trump refuse de dire qu’il va respecter le résultat de la présidentielle

«La politique américaine, on l’a toujours plus suivie que la nôtre parce qu’elle est plus spectaculaire, que les campagnes durent longtemps», commente Xavier, universitaire de 27 ans. Le spectacle du soir a lieu dans la capitale mondiale du divertissement, Las Vegas, et les télévisions canadiennes proposent des émissions spéciales à l’occasion de l’ultime affrontement entre les deux candidats à la présidentielle. «Un tel succès lors d’une activité universitaire, c’est du jamais vu», se réjouit Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (Cérium). «Lors du premier débat, une centaine d’étudiants ont dû rester derrière la porte par manque de place.»

L’émotion l'emporte sur les dossiers politiques

Qu’est-ce qui attire tant dans la politique du grand voisin? «Au Québec, on se sent symboliquement proche de la France, à cause de la langue», explique Laure, 26 ans. «Mais dans les faits, on part en vacances aux Etats-Unis, les trois quarts de nos échanges économiques se font avec eux, on partage complètement leur culture». L’étudiante suit depuis des années l’émission de téléréalité de Donald Trump «The Celebrity Apprentice». «Je rêve de voir Hillary Clinton lui retourner sa célèbre phrase «you’re fired!»

«Nous sommes choqués de voir une telle montée de populisme, alors qu’au Canada ce mouvement est plutôt marginal», explique pour sa part Philippe Fournier, politologue à l’Université de Montréal. «Notre premier ministre Justin Trudeau prône l’ouverture des frontières et le libre-échange. Le jour où nous avons déclaré accueillir 25 000 Syriens, les Etats-Unis ont brandi des mesures protectionnistes.»

Lire aussi: Quand l’Europe se barricade, le Canada organise un pont aérien pour les Syriens

En début de débat, les deux candidats abordent pour la première fois frontalement les questions des armes à feu et de l’avortement, à la surprise des étudiants. Mais, parce que c’est déjà le troisième affrontement, le reste ne prend pas vraiment. Comme durant les deux premiers débats, ce qui prime sur les dossiers politiques, c’est l’émotion.

«Hillary n’est pas assez agressive, je m’attendais à ce qu’elle élimine une bonne fois pour toutes son adversaire», déplore Laure. «Trump par contre m’a surprise, pour une fois il a écouté ses conseillers, il s’est discipliné et n’a pas dérapé». Mais à huit points derrière la candidate démocrate, il n’a désormais aucun moyen de la rattraper, tranche la jeune étudiante.

Après le divertissement, le désenchantement

Chantal Benoit-Barné, professeure en communication politique à l’Université de Montréal, analyse devant ses étudiants le discours du candidat républicain. «Ce n’est pas un orateur traditionnel: il excelle dans le registre de la conversation. L’intérêt est que cela permet une relation de proximité avec l’auditoire». Certains le trouvent plus convaincant, ce soir, que sa rivale. «Tous deux inventent et profèrent des mensonges», reprend la professeure de rhétorique. «Gardons en tête l’idée de l’exutoire que sont ces cérémonies quasi religieuses, où peu importe si l’on dit la vérité ou non.»

A la fin du débat, Vincent Boucher, doctorant en sciences politiques, partage sa déception. «C’est l’une des pires élections que l’on ait vécues. Trump ne représente plus le parti Républicain, il ne parle plus qu’en son nom. Hillary est un moindre mal. Il faut comprendre l’enjeu de ces élections pour nous: l’économie canadienne dépend complètement de notre voisin américain!»

Durant les deux heures de reparties, les étudiants n’ont cessé d’affluer et le bar est bondé. La veille, le second match de la saison des hockeyeurs les Canadiens n’avait pas attiré autant de monde, souffle le serveur.

Publicité