«L’étau se resserre autour de Gérald Tremblay», affirmait une dépêche relayée par le portail Canoë, jeudi. Cette semaine, le siège du maire de Montréal, en place depuis 2001, a vacillé comme jamais, dans une ville secouée par les scandales. Un témoignage accablant devant une commission d’enquête rend incertain le maintien du président de la première ville québécoise jusqu’aux prochaines élections locales, agendées en novembre 2013.

Pour Montréal, c’est la descente aux affaires. La métropole est secouée depuis plusieurs années par des scandales à répétition. En 2007, c’était l’affaire des compteurs d’eau: la municipalité était accusée de favoritisme dans l’attribution d’un confortable contrat pour l’installation de compteurs dans les bâtiments publics et commerciaux. La firme gagnante était proche de celle qui avait conseillé l’exécutif.

L’Hôtel de Ville a en outre perdu plusieurs hauts cadres, partis en critiquant l’équipe en place. Mais ce sont les soupçons de corruption et de financement occulte du parti local majoritaire qui ont poussé la controverse à son sommet.

Créée fin 2011 par le précédent gouvernement libéral de Jean Charest, une commission présidée par la juge France Charbonneau a deux ans pour faire la lumière sur les fraudes dans les attributions de contrats publics. Le Huffington Post Québec résumait récemment les propos d’un ancien constructeur: «L’ex-entrepreneur Lino Zambito a […] affirmé devant la commission que 3% de la valeur des contrats accordés par la Ville de Montréal était redirigée vers le parti du maire, Union Montréal. Par la suite, l’ex-ingénieur de la Ville de Montréal, Gilles Surprenant, a affirmé que le 3% était plutôt versé directement au comité exécutif de la Ville.»

Lundi, un ancien organisateur d’Union Montréal, «a lâché une bombe» devant la commission Charbonneau, disait La Presse: «[…] Martin Dumont a affirmé à la commission […] que le maire Gérald Tremblay était au courant du financement illégal à grande échelle qui avait cours dans sa formation et qu’il a délibérément choisi de l’ignorer.» Le journal raconte l’exemple donné par Martin Dumont, à propos d’une élection partielle en 2004, moment où un responsable «lui a alors expliqué que le parti «avait un budget officiel et un budget officieux», en exhibant un document qui montrait les deux budgets, sur deux colonnes. Le budget «officiel» s’élevait alors à 43 000$, tout près du plafond de dépenses imposé aux partis en campagne. Le budget officieux s’établissait, quant à lui, à 90 000$.»

Peu après, la défense du parti Union Montréal (centre droit) se livre à un contre-interrogatoire «qui vole bas», selon Métro Montréal, l’avocat cherchant à discréditer le témoin par les biais les plus divers.

Douloureux hasard du calendrier et des chiffres, Gérald Tremblay devait présenter mardi le budget 2013 de sa ville, lequel comprend notamment une hausse d’impôt globale de… 3%. «Le maire aurait pu trouver un autre chiffre que 3, trop associé aux enveloppes brunes», ricane La Presse, dont la chroniqueuse glisse en préambule: «J’ai rarement vu Gérald Tremblay aussi tendu. Pourtant, il en a vu d’autres, des scandales […]». Et d’ajouter: «Les Montréalais vont payer leur compte de taxes [impôts, ndlr] la rage au cœur, en pensant aux centaines de millions empochés pendant des années par la mafia, les entrepreneurs corrompus et Union Montréal.»

Jusqu’ici, le maire affirmait ne rien craindre et refusait de se terrer en pleine tourmente. Pourtant, mercredi, il se «déguisait en fantôme», selon l’expression du Devoir, qui évoquait l’annulation en dernière minute de la présence de Gérald Tremblay à deux manifestations publiques: «Moins de 24 heures après avoir annoncé qu’il ne se cacherait pas malgré l’accumulation des scandales de corruption à l’hôtel de ville, le maire Gérald Tremblay s’est transformé en fantôme mercredi pendant que les appels à sa démission se multiplient», narrait le journal.

Pour le nouveau gouvernent provincial dominé par le Parti Québécois (centre gauche, indépendantiste), un enlisement de la crise montréalaise n’aurait rien de bon. Raison pour laquelle l’étau se resserre, comme disait la dépêche citée plus haut. Le portail Canoë mentionne des propos du ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée: «La situation est grave […] Nous sommes en face de révélations troublantes pour les citoyens de Montréal, le statu quo est intolérable.»

Jeudi devant l’Assemblée nationale, la première ministre Pauline Marois indiquait, selon une dépêche: «J’ai envoyé quelques messages à M. Tremblay et j’aurai l’occasion de lui parler dans les prochains jours». Une pression supplémentaire.

Lors de ce discours inaugural devant les députés, la nouvelle dirigeante présentait son premier projet de loi, sur l’attribution des contrats par le gouvernement et par les municipalités. Citée par La Presse, Pauline Marois l’assurait: désormais, les entreprises «qui voudront obtenir des contrats du gouvernement, des villes ou des organismes publics devront faire preuve de probité et d’intégrité. Avec cette loi, il n’y aura plus d’échappatoire.»