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Moon, mort d’un gourou très controversé

Le fondateur de la secte avait rapidement acquis une dimension internationale, basée sur un affairisme parfois peu scrupuleux. Ses innombrables détracteurs lui ont longtemps reproché son «hérésie», qui consistait en un endoctrinement de ses adeptes

On dit de la secte Moon, qui «revendique des millions d’adeptes répartis dans 194 pays», selon le site internet sud-coréen JoongAng Ilbo cité par Courrier international, qu’elle infligerait un vrai lavage de cerveau à ses dévots. D’ailleurs, lui-même «assurait avoir eu, à l’âge de 15 ans, une vision de Jésus-Christ lui disant de poursuivre sa mission», écrit Radio-Canada après la mort de Sun Myung Moon. Moon, le fondateur de l’Eglise de l’Unification, devenue un vaste empire économique et également connue sous le nom de secte Moon. Celle-ci s’inspire du christianisme, dont elle se prétend rien de moins que l’aboutissement. L’homme, élevé dans le presbytérianisme, est mort dans la nuit de dimanche à lundi à Séoul à l’âge de 92 ans, des suites d’une pneumonie. Ses funérailles doivent avoir lieu le 15 septembre.

Et d’ores et déjà, «God Bless the Life of Rev. Sun Myung Moon»: des dizaines de fidèles témoignent évidemment de leur immense affliction sur le site internet de la secte: «C’est comme si le ciel me tombait sur la tête et que le monde entier s’écroulait», écrit l’un d’eux, cité par Le Nouvel Observateur. «Tu es le roi des rois éternel, le messie de l’humanité, tu resteras à jamais dans mon cœur», assure un autre.

Ce dernier se souvient sans doute, comme l’écrit la Tribune de Genève, que Moon «avait construit son premier lieu de culte il y a une soixantaine d’années à partir de matériaux de récupération. Pour avoir prêché en Corée du Nord communiste après la Deuxième Guerre mondiale», il avait été «torturé et envoyé dans un camp de travail, selon la biographie» officielle. Et libéré ensuite, lorsque ses gardes ont fui l’arrivée des soldats américains durant la guerre de Corée.

Ses adeptes, les «Moonies»

Cependant, «il est difficile de ressentir du chagrin après la mort d’un milliardaire», reconnaît avec toute la délicatesse asiatique le Korea Times, sous la plume de son éditorialiste Michael Breen, également auteur du livre Sun Myung Moon: The Early Years 1920-53. «Ce l’est d’autant plus qu’il était considéré comme le messie [autoproclamé] par des milliers de gens à travers le monde. Mais si vous avez la moindre pensée pour lui et que vous ne faites pas partie de son cercle d’adorateurs, vous appartenez à ceux qui pensent qu’il ne valait rien. Il a été diffamé et ridiculisé pendant la plus grande partie de sa vie adulte. La critique et la chasse à ses disciples, dédaigneusement surnommés «Moonies», ont été implacables.»

«Pourquoi? demande Breen. Non parce que ses croyances et ses prétentions étaient plus ridicules que d’autres concepts religieux, mais parce qu’ils étaient nouveaux. Ironiquement, son message central – Dieu souffre – n’a jamais beaucoup résonné et encore moins eu un quelconque impact.» Car il faut savoir que l’organisation religieuse qu’il a fondée en 1954 est l’une des plus controversées au monde et est considérée comme une secte dans de nombreux pays. Elle procède notamment à des mariages collectifs de milliers de couples – 2500 en mars dernier. Ses ramifications dans le monde des affaires vont du secteur de la construction à l’éducation et aux médias, en passant par l’alimentaire et l’ingénierie, toutes sortes de procès à la clé que détaillait l’hebdomadaire coréen Sisa In il y a à peine une année. Notamment au Brésil.

Avec le Front national

Le site Nouvelles de France écrit, lui, que «résistant à l’occupation japonaise en Corée, farouche opposant au communisme, Moon a participé au combat partisan jusqu’en France en faisant élire des moonistes (Pierre Ceyrac, Gustave Pordea) sur des listes Front national et en finançant le parti de Jean-Marie Le Pen».

Mais il a aussi participé, comme propriétaire de plusieurs journaux conservateurs en Corée du Sud (notamment le Segye Times), au combat médiatique, en rachetant l’agence de presse United Press International (2000) ou en fondant, via son groupe News World Communications, Inc., le Washington Times (1982). Un journal lancé contre le Washington Post, qui «aurait coûté entre un et deux milliards de dollars à son propriétaire. Il est devenu une référence chez les conservateurs et tire à 100 000 exemplaires.» Mais, «selon un confrère chrétien, ancien journaliste au Times, Moon n’intervenait pas et ne demandait pas au quotidien de faire la promotion de son organisation».

Toutefois, très logiquement, dans un immense article à son héros consacré, ce journal met en exergue l’anticommunisme de Moon et sa défense des valeurs familiales: «Foi. Famille. Liberté. Aide à la communauté. Les valeurs conservatrices […] sont un poignant rappel de la sagesse d’un homme dont la clairvoyance et le courage sonnaient la charge pour mener les batailles.»

Un message apocalyptique

Alors, qui les mènera, désormais, ces luttes? Moon laisse 14 enfants. Le plus jeune de ses sept fils, Hyung Jin Moon, a pris la tête de l’Eglise de l’Unification en 2008, à l’âge de 28 ans.» Celle-ci est également et pompeusement appelée «Association de l’Esprit Saint pour l’Unification du christianisme mondial».

La Mission interministérielle française de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) précise, dans son rapport 1990, rappelle Le Monde, que cette Eglise, mouvement «à caractère sectaire», «véhicule un message apocalyptique en prédisant l’inéluctabilité et la nécessité d’une troisième guerre mondiale», dont le but serait «la destruction finale du communisme et l’avènement de la souveraineté divine». Les Mayas n’ont plus qu’à aller se rhabiller…

Et le quotidien d’indiquer au passage qu’un autre de ses fils «s’est vu confier la direction du Tongil Group, un conglomérat ayant des intérêts dans le bâtiment et les travaux publics, des stations balnéaires [et] des agences de voyages». D’ailleurs, ce groupe [tongil signifiant «unification»] a inauguré en octobre 2002 un circuit touristique vers Pyongyang destiné aux Sud-Coréens après une visite au cours de laquelle Moon avait rencontré le leader Kim Il-sung. Elle y a investi dans les années 1990 et cogère aujourd’hui l’usine automobile Pyeonghwa Motors. Encore un juteux marché, selon le Sisa Journal de Séoul.

La revue de presse

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