Si les feux de l'actualité sont braqués sur les cinq otages libérés dimanche et un sixième lundi, le sort de vingt-quatre détenus restés sur l'île de Jolo ne préoccupe pas moins les esprits. Parmi les Occidentaux, ils sont trois Français, deux Finlandais et un Allemand qui se trouvent aux mains du groupe Abu Sayyaf, sans compter les douze Philippins appartenant à un groupe chrétien évangéliste capturés lors d'une visite de prière pour les otages et six autres Philippins prisonniers, pour certains depuis quatre mois.

Les six otages qui ont recouvré la liberté étaient attendus ce matin à Tripoli, en Libye. Partis à bord d'un avion affrété par la Fondation Kadhafi qui a mené les négociations, les Françaises Sonia Weldling et Maryse Burgot, la Franco-Libanaise Marie Moarbes, les Sud-Africains Monique et Callie Strydom et l'Allemand Werner Wallert seront remis aux autorités de leur pays respectif en grande pompe par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Mais le moral n'y sera certes pas: «Je suis très triste de laisser mes amis parce qu'ils n'ont pas pu sortir et ils méritent vraiment d'être libérés», a déclaré Callie Strydom, qui a été libéré séparément lundi.

«Je vais me tuer»

Une fois relâchés, les ex-otages ont parlé librement de leur attente et de leur angoisse. «C'était l'enfer, avec une chaleur à vous rendre malade», a résumé Callie Strydom. Il a assuré que les ravisseurs les avaient bien traités, mais a averti que le moral de ceux restés dans la jungle était très bas. «Seppo ne va pas bien. Il est en mauvaise santé», a ajouté le Sud-Africain en parlant de Seppo Fraenti, 51 ans, un Finlandais prisonnier depuis cent vingt-huit jours. La confirmation de cette mauvaise nouvelle est venue peu après lorsqu'un émissaire du gouvernement philippin a raconté que Seppo Fraenti avait menacé de se suicider: «Il pleure depuis dimanche et il m'a dit: «Je vais me tuer».

La libération de six otages a certes provoqué un soulagement dans les capitales occidentales tout comme à Manille où un représentant du gouvernement philippin, Roberto Aventajado, mène les négociations avec les ravisseurs. Mais partout, il est question de doubler les efforts pour libérer ceux restés à Jolo. Dans une interview accordée à une radio locale, le Philippin s'est déclaré optimiste sur la possibilité de la libération des autres captifs à brève échéance, ajoutant que «cela ne durera pas très longtemps».

Mais les regards sont plutôt tournés vers la Libye et la Fondation Kadhafi qui ont joué un rôle clé jusqu'ici dans l'affaire des otages de Jolo. Dirigée par Seif al-Islam, le fils du dirigeant libyen, la fondation a promis de poursuivre les contacts. L'organisation libyenne a des liens historiques avec les séparatistes musulmans des Philippines.

Les trois pays occidentaux (France, Allemagne et Finlande) dont les ressortissants se trouvent encore prisonniers à Jolo s'en remettent à la Libye. «J'ai l'espoir que le gouvernement philippin et le négociateur libyen, qui a participé de manière décisive aux négociations, poursuivent leur travail», a plaidé le chancelier allemand Gerhard Schröder. La Libye tente en effet, en offrant sa médiation, de faire un retour sur la scène internationale. La Fondation Kadhafi aurait selon la presse philippine déboursé 6 millions de dollars de rançon et promis encore 25 millions qui seraient destinés au développement de l'île de Jolo.