Selon les sondages, les électeurs boliviens --un peu plus de cinq millions-- devraient reconduire pour cinq ans, dès le premier tour, le premier chef d’Etat indien (aymara) de la Bolivie en 184 ans d’indépendance et une figure de la gauche radicale en Amérique latine.

Le vote, ouvert à 08H00 (12H00 GMT) devait s’achever à 16H00 (21H00 GMT), avec de premières estimations fiables attendues deux heures plus tard.

A la mi-journée, les scrutins présidentiel et législatif connaissaient un climat «de tranquillité et paix», selon la mission des observateurs de l’Union européenne (UE).

M. Morales, un ancien syndicaliste et cultivateur de coca élu président en 2005, a voté tôt le matin dans la région du Chapare (centre), son bastion politique.

Il a refusé de «chanter victoire» à l’avance au sujet du second mandat qui lui est prédit, tout en évoquant déjà la possibilité de briguer à nouveau la présidence au-delà de 2015.

Les élections de ce dimanche, a-t-il déclaré à des journalistes, se déroulent «sur la base de la nouvelle Constitution» de janvier 2009, qui prévoit la possibilité de deux seuls mandats consécutifs.

En ce sens, «on parle de la nouvelle Constitution comme d’une première élection d’Evo Morales», a expliqué le chef de l’Etat, rappelant que son premier mandat avait été écourté à quatre ans au lieu de cinq, en raison d’élections avancées du fait, justement, de la nouvelle loi fondamentale.

Jusqu’ici, M. Morales n’avait jamais évoqué ouvertement une intention de gouverner au-delà de deux mandats.

Au contraire, en octobre 2008, pour faciliter un accord avec l’opposition sur le texte de la Constitution, le président, par la voix d’un porte-parole, avait renoncé à un éventuel «deuxième mandat constitutionnel», soit un troisième mandat en comptant celui de 2004-2009.

Ce geste avait rendu possible un compromis sur la nouvelle Constitution, axe du projet politique de M. Morales, qui accord une place centrale à l’Etat, aux droits des indiens, à la décentralisation. Elle a été adoptée en janvier dernier par référendum avec 62% des voix.

Outre la réélection fort probable du président sortant, son parti vise le contrôle des deux chambres du parlement.

L’opposition a la hantise de cette hégémonie et n’a eu de cesse de mettre en garde contre des dérives «totalitaires», en particulier une tentative de se pérenniser au pouvoir, dans la lignée du président vénézuélien Hugo Chavez, mentor socialiste de M. Morales.

Le scrutin intervient pourtant sur fond d’un apaisement après deux années de tensions qui firent des dizaines de morts en 2007-08 en raison d’une fronde autonomiste de l’Est prospère du pays, fief de l’opposition conservatrice.

Evo Morales, 50 ans, veut poursuivre sa «refondation» socialiste et pro-indigène du pays, servie par de vastes ressources gazières et minières, et des investisseurs étrangers «partenaires, pas propriétaires».

Mais sa rhétorique anti-libérale, ses alliances avec des pays comme le Venezuela ou l’Iran restent éminemment suspectes aux yeux de l’Occident. Tout comme la progression du trafic de drogue en Bolivie, troisième producteur mondial de cocaïne.

La majorité indienne et pauvre (60%) du pays, l’un des plus pauvres d’Amérique latine, s’identifie pour sa part à «Hermano Evo» (frère Evo), lui-même issu de la misère de l’altiplano andin. Et sa politique menée depuis 2006 en faveur des groupes démunis, contre l’analphabétisme, a scellé sa légitimité.

Selon les sondages, M. Morales devrait être réélu avec 52 à 54% des voix, distançant son principal rival de droite, l’ancien militaire et gouverneur de province Manfred Reyes Villa (19-21%).