La mort de 15 ouvriers bulgares endeuille la campagne électorale

Bulgarie Une explosion due au non-respect des règles de sécurité

La dernière semaine de la campagne pour les élections législatives anticipées du 5 octobre en Bulgarie s’est terminée de manière aussi brusque que dramatique. Vendredi, tous les partis en lice ont dû arrêter, bon gré mal gré, toute activité politique pour cause de journée de deuil national. L’avant-veille au soir, une série de violentes explosions dans une usine d’armement à Gorni Lom, petit village au nord-ouest du pays, a tué 15 ouvriers et blessé trois autres.

Malheurs bulgares

Les témoins décrivent des scènes apocalyptiques: une explosion extrêmement puissante comme suivie d’un tremblement de terre. Les premières images diffusées par le Ministère de l’intérieur, obtenues grâce à l’utilisation d’un drone, confirment l’ampleur du désastre: à la place des deux hangars de l’usine, il ne reste qu’un immense cratère. «Les employés n’avaient aucune chance», a déploré un secouriste sous le couvert de l’anonymat. Lui et ses camarades ont été contraints par les policiers d’attendre au moins vingt-quatre heures avant de pouvoir pénétrer sur le site à la recherche de survivants, par crainte d’explosions ultérieures.

A quelques heures du scrutin législatif qui verra certainement le retour de la droite conservatrice de l’ancien premier ministre Boïko Borissov, beaucoup ont vu néanmoins dans cet événement sinon un présage du moins un condensé des malheurs bulgares de ces dernières années. Mépris des règles, incompétence des autorités, laisser-aller, richesses mal acquises et indigence des populations rurales…

Comme tant d’autres, l’usine de Gorni Lom, appartenant aux membres d’une seule et même famille, s’était lancée dans le recyclage d’armes obsolètes, essentiellement des mines et des obus datant de la Guerre froide. Un business très lucratif à cause des très bas salaires des employés – y compris pour les standards locaux. Ainsi, dans un pays où le salaire minimum avoisine les 150 euros, les employés de l’usine de Gorni Lom n’étaient payés que 120. «Pour les habitants de la commune, c’était le seul et unique débouché professionnel», a confirmé le ministre du Travail, Iordan Hristoskov. Or, les risques étaient ici inversement proportionnels à leur rétribution. Les employés de l’usine devaient se «former en travaillant», a expliqué le père de l’une des victimes.

«L’explosion est certainement due à une erreur humaine», a confirmé ce que tout le monde pensait l’expert en armements Valentin Radev, l’un des premiers à pénétrer dans le périmètre de sécurité. Il y a vu les traces d’une «trop grande quantité d’explosifs stockés au même endroit». Selon des sources militaires, plus de 800 000 mines anti-infanterie et anti-char se trouvaient dans l’usine au moment de l’explosion. Le parquet a affirmé que l’usine remplissait un contrat de désamorçage de 1,5 million de mines signé avec la Grèce.

Aussi, l’usine a eu par le passé de nombreux soucis avec les organismes de contrôle et de certification, mais sans jamais être définitivement fermée. A deux reprises, sa licence a été retirée et pas plus tard que quinze jours avant l’explosion fatale, une inspection du travail avait constaté de graves irrégularités dans le respect des règles de sécurité.

«Arrogance» d’élites

Mais tout cela n’a pas empêché ses propriétaires de devenir les notables de la région, d’aller à la chasse et de se vanter d’appartenir aux clubs selects de la capitale. «Des vies humaines ont été perdues à cause de l’arrogance avec laquelle les règles ont été bafouées», a estimé le président pro-européen Rossen Plevneliev, rappelant que «malheureusement, il ne s’agit pas d’une première». Dans cette même usine, six personnes avaient été blessées dans deux précédentes explosions, en 2007 et 2010. Cet été, une autre explosion avait fait dix blessés dans l’usine militaire Terem, à Kostenets (ouest).