Chine

Mort de Liu Xiaobo: la Chine rejette les critiques

De nombreux dirigeants politiques réclament que son épouse, Liu Xia, et sa famille puissent l’enterrer à l’endroit et selon la manière de leur choix. Pékin défend qu’il s’agît d’une «affaire intérieure» chinoise

Pékin a rejeté vendredi les «déclarations déplacées» des pays étrangers sur la mort en détention du dissident Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix 2010. «La Chine est un Etat de droit. Le traitement du dossier Liu Xiaobo relève des affaires intérieures chinoises et les pays étrangers ne sont pas bien placés pour faire des déclarations déplacées», a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, cité par l’agence Chine nouvelle.

«Nous appelons les pays concernés à respecter la souveraineté de la justice chinoise», a-t-il ajouté, au lendemain du décès de l’opposant politique qui a succombé à un cancer du foie quelques semaines après avoir été placé en liberté conditionnelle dans un hôpital du nord-est du pays.

Des détails jugés «troublants»

Liu Xiaobo, 61 ans, avait auparavant passé plus de huit années en détention, condamné pour «subversion». Plusieurs pays ont rendu hommage à son combat en faveur de la démocratie et des droits de l’homme, le Comité Nobel accusant pour sa part Pékin de porter «une lourde responsabilité» dans son décès.

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«Nous trouvons profondément troublant que Liu Xiaobo n’ait pas été transféré dans un établissement où il aurait pu recevoir un traitement médical adéquat avant que sa maladie n’entre en phase terminale», a dit la présidente du comité, Berit Reiss-Andersen.

Le président américain Donald Trump «a été profondément attristé d’apprendre le décès du lauréat du Prix Nobel de la paix et célèbre prisonnier politique chinois Liu Xiaobo», a indiqué la Maison-Blanche. Il «a consacré sa vie à la poursuite de la démocratie et de la liberté», a déclaré la présidence. Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a rendu hommage à un homme qui avait «consacré sa vie à l’amélioration de l’humanité». Il a salué le dissident, «mort alors qu’il exécutait une longue peine de prison en Chine pour la défense de réformes démocratiques pacifiques». Il a exhorté Pékin à «libérer» son épouse «Liu Xia de (sa) résidence surveillée et à la laisser quitter la Chine selon son souhait».

Un appel à «lever toutes les restrictions à la liberté de mouvement»

Le président du Conseil européen Donald Tusk et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ont réitéré l’appel de l’UE à «la libération de tous les prisonniers de conscience» en Chine. «Nous avons constamment exprimé notre opposition à sa condamnation et réclamé sa libération», ont rappelé les deux dirigeants européens. «A cette heure, nous appelons les autorités chinoises à permettre à son épouse, Liu Xia, et à sa famille d’enterrer Liu Xiaobo à l’endroit et selon la manière de leur choix, et de les laisser faire leur deuil en paix».

Donald Tusk et Jean-Claude Juncker exhortent aussi Pékin à «lever toutes les restrictions à la liberté de mouvement et de communication» des membres de la famille du dissident, et à autoriser notamment sa femme à quitter la Chine si elle le souhaite.

«Je suis profondément attristée par (la mort de) Liu Xiaobo, le courageux combattant pour les droits civiques et la liberté d’expression. Ma plus profonde sympathie à sa famille», a dit la chancelière Angela Merkel sur Twitter. Le gouvernement allemand avait appelé mercredi encore Pékin à laisser sortir Liu Xiaobo de son pays et se disait «prêt à l’accueillir».

Lever les restrictions qui pèsent sur sa veuve

«Hommage à Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix, grand combattant de la liberté. Pensées et soutien à ses proches et son épouse Liu Xia», a tweeté le président français Emmanuel Macron.

«Liu Xiaobo aurait dû être autorisé à choisir son propre traitement médical à l’étranger, ce que les autorités chinoises l’ont empêché de faire à plusieurs reprises», a critiqué le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson. «C’était une erreur et je les presse maintenant de lever toutes les restrictions qui pèsent sur sa veuve, Liu Xia.»

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Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres est «profondément attristé» et «exprime ses condoléances à sa famille et à ses amis», a déclaré le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric. Mais il s’est abstenu de toute critique envers la Chine.

Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al Hussein, a aussi rendu hommage à un «champion des principes, qui avait consacré sa vie à la défense et à la promotion des droits humains, pacifiquement et sans relâche, et qui avait été emprisonné pour avoir défendu ses convictions». Il a demandé au gouvernement chinois d’accorder à son épouse «une liberté de mouvement et (de) l’autoriser à se rendre à l’étranger si elle le souhaite».

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