Le Temps: La mort d'Aslan Maskhadov met-elle fin à tout espoir d'une reprise des négociations entre Moscou et les rebelles, et donc fin à tout espoir de paix en Tchétchénie?

Thomas de Waal: Aslan Maskhadov était la dernière personnalité politique crédible du côté tchétchène. Si des négociations étaient fort improbables avant sa mort, maintenant qu'il a été tué, elles sont impossibles. Par ailleurs, il est clair qu'avec sa disparition, la rébellion n'a désormais plus de direction politique et qu'elle va donc de plus en plus chercher et trouver ses motivations dans l'islam radical et le désir de vengeance.

– Il semble que Maskhadov était très marginalisé dans son propre camp. Représentait-il encore quelque chose pour les Tchétchènes?

– Oui bien sûr, il était marginalisé. Mais pour beaucoup de Tchétchènes ordinaires – que sa mort va désespérer et fâcher encore un peu plus – il symbolisait encore la légitimité politique (ndlr: acquise lors de son élection à la présidence en janvier 1997), une manière de symbole.

– Quel est le scénario le plus plausible pour les prochains mois en Tchétchénie?

– Je pense que certains des partisans de Maskhadov vont faire allégeance au gouvernement tchétchène pro-russe mis en place par Moscou à Grozny, alors que d'autres vont se rallier à Chamil Bassaïev. Ceci aura pour effet que Bassaïev va se renforcer et pourra organiser une nouvelle opération terroriste dans le Caucase du Nord.

– Contrairement à ce que prétend Moscou, le risque de «contamination» du Caucase s'est donc accru avec la mort de Maskhadov?

– Le conflit tchétchène s'était déjà étendu à tout le Caucase du Nord avant la mort de Maskhadov. Je pense que ce processus va continuer.