L'avion qui transportait le président macédonien et ses conseillers a disparu des radars jeudi matin, alors qu'il se trouvait au niveau de la petite ville de Stolac, dans le sud de la Bosnie-Herzégovine. La région était recouverte d'un brouillard intense. Les neuf passagers de l'avion, dont les restes ont été localisés dans l'après-midi, ont tous péri. Boris Trajkovski devait participer à une conférence internationale sur les investissements étrangers en Bosnie. En raison des très mauvaises conditions climatiques, les vols qui devaient transporter le premier ministre albanais, Fatos Nano, et le président de l'Union de Serbie-Monténégro, Svetozar Marovic, également attendus à cette rencontre, avaient été annulés. Rien ne semble donc indiquer l'hypothèse d'un attentat, même si les représentants de la SFOR, la force militaire internationale présente en Bosnie, n'ont pas fait de commentaires officiels sur la tragédie. Les recherches se poursuivaient jeudi soir autour de la carcasse de l'avion.

Hier, le premier ministre macédonien, Branko Crvenkovski, se trouvait à Dublin pour présenter la candidature officielle de son pays à l'Union européenne. La cérémonie a été annulée. Au-delà de l'émotion, cette disparition fait craindre une nouvelle période de turbulences pour la Macédoine. Président de la République depuis 1999, Boris Trajkovski, malgré les compétences institutionnelles limitées de sa charge, s'était imposé comme un arbitre respecté et un facteur de modération, notamment durant la crise de 2001. Issu du VMRO-DPMNE (droite nationaliste), il s'était nettement distancié des va-t-en-guerre de son propre parti, notamment le premier ministre de l'époque, Ljupco Georgievski.

Boris Trajkovski était en effet une figure originale sur la scène politique macédonienne. Ce juriste n'avait découvert la politique qu'après l'indépendance de son pays, en 1992, en adhérant au VMRO-DPMNE. Il était issu de la minuscule communauté protestante du sud de la Macédoine. Au début du XXe siècle, une missionnaire américaine avait été kidnappée par des guérilleros macédoniens qui faisaient le coup de feu contre l'occupant turc. Elle obtint la conversion de ses ravisseurs, avant de devenir elle-même une fervente propagandiste de la cause macédonienne. Alors que le VMRO-DPMNE insiste sur l'identité orthodoxe du peuple macédonien, Boris Trajkovski est toujours resté fidèle à l'Eglise méthodiste de Macédoine.

Cette singularité confessionnelle lui valait des relations privilégiées dans certains milieux américains. L'an dernier, il avait chaudement poussé à l'engagement de son pays en Irak aux côtés de la coalition américano-britannique et, au début janvier, il s'était encore répandu en propos violemment homophobes dans une revue liée à la droite religieuse américaine. Néanmoins, dans le contexte macédonien, dominé par l'opposition entre Macédoniens orthodoxes et Albanais musulmans, ce protestantisme affiché lui valait certificat de relative neutralité.

Si le mandat de Boris Trajkovski prenait fin à l'automne prochain, la bataille pour sa succession va devoir s'engager plus vite que prévu. Depuis sa défaite électorale, le VMRO-DPMNE est traversé par d'âpres luttes de courant, les éléments modérés qui ont pris le contrôle du parti lors de son dernier congrès voulant le transformer en une formation conservatrice pro-européenne, tandis que l'aile dure regroupe toujours des éléments radicaux et fortement corrompus.

Associés dans de nombreuses affaires louches au Parti démocratique des Albanais (PDSH), lui aussi chassé du pouvoir en 2002, ces éléments radicaux du VMRO-DPMNE sont toujours suspectés de préparer une solution du pire, qui impliquerait la reprise de combats pour déstabiliser le gouvernement social-démocrate. En vertu de la Constitution macédonienne, l'intérim de la présidence sera assuré par le président du parlement, le social-démocrate Ljubco Jordanovski, auquel il conviendra de fixer la date des élections présidentielles.

Les responsables internationaux ont tous rendus hommage au président macédonien, notamment Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne, qui a regretté la disparition d'un «grand homme, ami de l'Europe».