Libye

Mort sans procès

Mouammar Kadhafi ne comparaîtra pas devant les juges de la Cour pénale internationale

Le tyran est mort. Restent parmi les trois personnes inculpées par la Cour pénale internationale (CPI), le fils, Saïf al-Islam, et le chef des renseignements, Abdallah al-Senoussi. La justice ne sera donc pas rendue ou incomplètement en raison de l’absence du principal accusé. Certains s’en réjouissent qui préfèrent voir Mouammar Kadhafi mort plutôt que jugé.

Pour Pierre Hazan, enseignant à l’Université de Genève, le mandat d’arrêt lancé contre Mouammar Kadhafi doit être compris dans un contexte historique: «L’application de la justice internationale est à géométrie variable. Ce qui a été possible en Libye ne l’est pas en Syrie où pourtant les civils font aussi les frais d’une répression implacable. Pour qu’un procès ait une valeur d’exemplarité, il faut une césure nette entre le passé et le présent. En Libye, le procès de Mouammar Kadhafi n’aurait eu de sens qu’avec l’avènement d’un Etat de droit, il aurait alors incarné le changement vers la démocratie et marqué une coupure symbolique. A l’inverse, dans l’anarchie et la continuation des violations des droits de l’homme, le procès de Kadhafi n’aurait pas eu de sens.»

Avec la disparition du colonel Kadhafi, la possibilité s’éloigne de pouvoir faire la lumière complète sur tous les crimes du régime. Florence Hartmann, spécialiste de la justice internationale, craint que la mort du colonel Kadhafi n’emporte avec elle ses secrets: «A cause de sa mort, il sera impossible d’établir l’exactitude de ses crimes. Et certains pourraient y trouver leur avantage. Il y a des précédents, avec Saddam Hussein jugé de manière expéditive. Sa condamnation à mort a permis de ne pas aborder les responsabilités occidentales de ceux qui vendaient les produits chimiques qui ont permis de gazer les Kurdes. En Libye, il reste deux accusés, la CPI pourrait aussi enquêter et inculper d’autres suspects. Tout dépendra de la volonté politique.»

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