Trois jeunes soldats d'une unité antiterroriste israélienne ont trouvé la mort et un quatrième a été blessé samedi soir en se lançant à l'assaut d'une maison fortifiée dans le village d'Atzira al-Shamaliya, au nord de Naplouse (Cisjordanie). Tsahal avait déclenché l'opération sur la foi de renseignements précis afin de mettre la main sur Mahmoud Abou Hanud, le chef des brigades Ezzadin el-Kassem (la branche militaire du mouvement islamiste Hamas), instigateur d'attentats sanglants et, selon les services de sécurité israéliens (le Shabak), cerveau de la plupart des attaques suicides commises à Jérusalem. Or, l'homme lui a échappé.

Mahmoud Abou Hanud, en effet, se trouvait bien dans la maison indiquée, mais il a réussi à s'enfuir en direction de la ville de Naplouse où, blessé, il s'est livré à la police palestinienne. Un autre combattant du Hamas, également atteint durant les échanges de tirs, a été capturé par les forces israéliennes. La maison fortifiée, qui servait de base au Hamas et qui abritait quatre tonnes de produits chimiques destinés à la fabrication d'explosifs, a été dynamitée.

Sur le plan opérationnel, l'aspect le plus grave de ce drame est que les soldats de l'unité antiterroriste ont vraisemblablement trouvé la mort non pas sous les balles des deux combattants du Hamas, mais sous celles d'une autre unité de Tsahal venue à la rescousse. La rumeur veut en effet que le soldat blessé ait été atteint de plusieurs balles israéliennes. Le général Shaoul Mofaz, chef d'état-major, l'a laissé entendre au cours d'une conférence de presse, pour annoncer l'ouverture d'une enquête. Le premier ministre, Ehud Barak, a également retenu cette éventualité. L'obscurité comme une certaine confusion sur le terrain auraient permis cette tragique erreur. Quoi qu'il en soit, le bilan est lourd et l'opinion publique israélienne réclame le châtiment des responsables.

Quant à Mahmoud Abou Hanud, il s'en sort plutôt bien. Le Hamas fait de lui un héros national et l'Autorité palestinienne affirme qu'il est hors de question de le livrer à Israël. Déjà lors de l'arrestation en mai dernier de Mohammed Deif par la police palestinienne dans la bande de Gaza, la demande d'extradition d'Israël avait été rejetée. Mais son incarcération, dans l'infirmerie d'une prison palestinienne, porte un nouveau coup dur à la branche militaire du Hamas.

En raison de la phase délicate que traverse le processus de paix, aussi bien l'Autorité palestinienne que le gouvernement israélien cherchent par tous les moyens à prévenir un attentat meurtrier. Récemment, le général Mofaz révélait que Tsahal était parvenu à faire échouer des dizaines de tentatives d'attentat. Il se félicitait aussi de la coopération dont ferait preuve, selon lui, la police palestinienne. Seulement il y a quelques jours sur les routes d'accès à Jérusalem, comme au centre-ville, le dispositif de sécurité avait soudain été renforcé. Comme si les services de sécurité israéliens (le Shabak) s'attendaient à la reprise imminente des attaques suicides.

Le Hamas va-t-il à nouveau manifester son opposition résolue aux tractations de paix, notamment à une formule de compromis sur le statut de Jérusalem, par l'usage de la terreur? Son leader spirituel, Cheikh Ahmed Yassine, se montre évasif. Il estime cependant que toute négociation sur le partage de Jérusalem-Est est synonyme de trahison. Ce message a été reçu cinq sur cinq par Yasser Arafat. Celui-ci a en effet dit à la secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright que toute concession de sa part sur la ville sainte lui vaudrait à coup sûr une balle dans la tête.

Tout en pratiquant la politique de la main de fer contre les islamistes, l'Autorité palestinienne tient à éviter l'affrontement. La raison en est simple: en cas de faillite du processus de paix, les militants du Fatah (l'organisation de combat dont Yasser Arafat est le chef historique) et ceux du Hamas se retrouveront au coude à coude pour défendre les territoires palestiniens.