L'axe russo-germano-français tient bon. A quarante-huit heures de la réunion du Conseil de sécurité de vendredi, ses membres ont même haussé le ton mercredi. Réunis à Paris, les chefs de la diplomatie russe, Igor Ivanov, française, Dominique de Villepin, et allemande, Joschka Fischer, ont réaffirmé que leurs pays – tous trois membres du Conseil de sécurité – ne «laisseraient pas passer» une nouvelle résolution ouvrant le recours à la force contre l'Irak.

Cette détermination réaffirmée de la «troïka anti-guerre» annonce-t-elle l'utilisation par la France et la Russie, membres permanents du conseil, de leur droit de veto si Washington réussissait à rassembler sur son texte les 9 voix sur 15 nécessaires? L'affirmer serait aller un peu vite en besogne. Mais une chose est sûre: si Dominique de Villepin et Igor Ivanov se refusent toujours à se prononcer clairement sur la question – on n'abat pas son joker avant la partie décisive –, ils l'ont en tout cas laissé entendre de manière très nette, à Paris. En effet, alors que Moscou a exclu de s'abstenir sur le projet de résolution déposé le 24 février dernier par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne – mais non encore soumis au vote –, le chef de la diplomatie française a précisé, mercredi, que son pays était «totalement sur la même ligne que la Russie». La guerre des nerfs au Conseil de sécurité n'a pas fini de gagner en intensité.

Par ailleurs, constatant que les inspections de l'ONU «donnent des résultats de plus en plus encourageants», les trois ministres ont apporté leur appui déterminé aux inspecteurs et à leurs chefs, Hans Blix et Mohamed El-Baradei, souhaitant que leur travail puisse se faire à un «rythme désormais accéléré». A l'adresse des autorités irakiennes, la troïka a demandé de coopérer plus activement, ajoutant que les «inspections ne pouvaient se poursuivre indéfiniment».

Enfin, rejetant l'idée d'un ultimatum à Saddam Hussein, actuellement étudiée par Washington, Dominique de Villepin a rappelé que «la résolution 1441 ne prévoit pas de délai, mais des rendez-vous très clairs avec des inspecteurs qui font des rapports, qui évaluent la situation». S'en remettant totalement à l'ONU, le ministre français a précisé que si l'Irak ne respectait pas ses engagements: «nous estimons qu'il appartient aux inspecteurs de nous le préciser».