Russie

Moscou désorienté par le revirement de Trump sur la Crimée

Le Kremlin peine à démêler les intrigues de la politique intérieure américaine des intentions réelles de l’imprévisible président américain

Le revirement inattendu du président américain au sujet de la Crimée a provoqué la stupéfaction mercredi à Moscou. La porte-parole du Ministère des affaires étrangères Maria Zakharova a sèchement répondu à un groupe de journalistes mercredi: «Nous ne rendons pas nos territoires. La Crimée est un territoire russe.» Arrondissant les angles, le président de la Douma (Chambre basse du parlement) Viatcheslav Volodine a appelé Donald Trump à tenir ses promesses de campagne consistant à réchauffer les relations avec la Russie. La stupeur était perceptible à la mi-journée, avant que le tweet de Trump n’enfonce le clou, Viacheslav Volodine et d’autres commentateurs basaient leurs espoirs sur le fait que le revirement ne venait que du porte-parole Sean Spicer.

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«Pressions» du Congrès

«Il faut comprendre les déclarations de Spicer dans le contexte des difficultés éprouvées par Trump pour former son équipe, explique le politologue Igor Ryabov. Souvenez-vous des pressions exercées sur Trump par les forces anti-russes au Congrès au moment de la nomination de [secrétaire d’Etat] Tillerson. Ces jours-ci, il s’agit de faire limoger le conseiller à la sécurité Michael Flynn. Pratiquement chaque jour on entend des déclarations contre Trump venant de l’ancienne élite encore en place.»

La surprise du Kremlin tient au fait que Moscou en était resté aux positions du candidat Trump durant la campagne présidentielle américaine. Ce dernier avait déclaré en juillet que la crise ukrainienne était «surtout le problème de l’Europe». Reprenant à son compte le récit du Kremlin basé sur le référendum organisé par Moscou, Donald Trump estimait alors que «les habitants de Crimée préfèrent être avec la Russie». Il s’est même déclaré prêt à envisager la reconnaissance de la Crimée comme territoire russe en cas de victoire aux élections.

Pour Alexandre Baounov, expert des relations internationales chez Carnegie, «la réaction du Kremlin est compréhensible. Il comprend à quel point il est difficile pour Trump de faire des pas en direction de Moscou. En conséquence, il ne commente ni de manière positive, ni de manière négative», pour ne pas placer le chef de la Maison-Blanche dans une position encore plus délicate.

«Le rapprochement sera difficile»

Sergueï Karaganov, directeur du département politique et économie globales à la Haute école d’économie, admet qu’un «rapprochement entre la Russie et les Etats-Unis sera difficile. Pour une raison simple: l’Amérique est profondément divisée politiquement. Le principal, c’est que l’élite perdante s’est regroupée contre Trump, parce qu’elle comprend que son succès menace fondamentalement ses intérêts».

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La lune de miel médiatique entre le Kremlin et Donald Trump, mise en avant par la télévision d’Etat, semble déjà tourner au vinaigre. Le renversement de tendance était déjà visible mercredi dans la rue. Des militants du Mouvement de libération national (NOD en russe), une organisation radicalement pro-Poutine, ont manifesté au centre de Moscou, devant les locaux de Russie aujourd’hui, l’agence de communication du Kremlin. «Non au culte de Trump dans nos médias», pouvait-on lire sur les pancartes.

La première rencontre officielle entre le nouveau secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson et son homologue russe Sergueï Lavrov se déroulera jeudi à Bonn, en marge des consultations préparatoires au G20. Thème annoncé des discussions: l’approfondissement de la coordination entre les deux pays. Le Kremlin a bien besoin d’y voir plus clair.

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