Nomination

Moscou écarté de la présidence d’Interpol

Le Sud-Coréen Kim Jong-yang a été élu mercredi président de l’organisation policière globale pour un mandat de deux ans face à un général russe. Un front s’est vite formé contre une Russie soupçonnée d’instrumentalisation à des fins politiques

Quand on est un candidat russe à une grande instance internationale, mieux vaut mettre sa nationalité en sourdine. Alexander Prokopchuk s’apprêtait à être élu tranquillement mercredi au poste de président d’Interpol quand le quotidien britannique The Times lui a fait un croche-pied. Tirant la sonnette d’alarme, le titre présentait samedi «l’ex-agent du KGB» comme le grand favori du scrutin.

Quatre jours plus tard, après une levée de boucliers globale, le candidat russe s’est incliné avec seulement 37,7% des voix contre le vainqueur, le Sud-Coréen Kim Jong-yang. Réunis depuis dimanche à Dubaï, les 194 délégués de l’organisation mondiale de police devaient trouver un remplaçant après la démission subite de Meng Hongwei, accusé de corruption en Chine et qui a mystérieusement disparu début octobre au cours d’un voyage dans son pays.

L'affaire Skripal est dans tous les esprits

Le poste de président d’Interpol est décrit comme plus honorifique qu’opérationnel, mais les adversaires du Kremlin ne voulaient pas voir la Russie dominer – même symboliquement – une institution disposant de puissants leviers sur la sécurité internationale. La Russie a déjà été accusée à de multiples reprises d’abuser de la fameuse «notice rouge» d’Interpol pour persécuter ses opposants réfugiés à l’étranger. Ce document d’alerte permet d’assurer la traque planétaire des personnes recherchées, bloquant tout franchissement des frontières des 194 pays membres et déclenchant une procédure d’extradition.

Moscou ne fait d’ailleurs guère d’efforts pour masquer ses intentions. Le Kremlin a mis tout son poids mardi derrière la candidature de Prokopchuk, excitant encore davantage la fronde. Le souvenir de la tentative d’assassinat de l’espion transfuge Sergueï Skripal et de sa fille près de Londres au moyen d’un poison neurotoxique est encore frais dans les mémoires. Cet épisode a fortement dégradé la confiance envers les structures de sécurité russes, auxquelles appartiennent les deux suspects.

Une exorbitante fraude fiscale

Pis, juste deux jours avant l’élection d’Interpol, le parquet général russe a lancé une offensive contre l’homme d’affaires Bill Browder, un infatigable critique de Vladimir Poutine. Actionnaire minoritaire de grands groupes comme Gazprom, Browder avait pris l’habitude de dénoncer l’opacité de leurs comptes jusqu’à son interdiction de territoire russe en 2005. Son juriste, Sergueï Magnitski, qui avait révélé une exorbitante fraude fiscale commise par des hauts fonctionnaires russes, a plus tard trouvé la mort en prison en 2009 après avoir refusé de témoigner à charge contre son ancien patron.

Rancunière, la Russie a tenté de faire arrêter Browder cette année en Espagne en émettant un mandat via Interpol. La manœuvre a échoué et, depuis lundi, la police accuse Browder d’avoir fait assassiner Magnitski, après avoir nié pendant neuf ans le caractère criminel de la mort du juriste.

Les menaces de l'Ukraine et de la Lituanie

Avec encore moins de subtilité, la présentatrice vedette de la télévision russe Olga Skabeïeva s’était félicitée dimanche que l’élection de Prokopchuk «permettrait de mettre tout le gouvernement ukrainien en prison».

Bien que ce souhait soit irréaliste, l’Ukraine et la Lituanie – toutes deux d’anciennes républiques soviétiques – avaient prévenu qu’elles claqueraient la porte d’Interpol en cas de victoire du candidat russe. Un groupe bipartisan de sénateurs américains a emboîté le pas, décrivant cette éventualité comme «laisser au renard le soin du poulailler». Washington et Londres ont publiquement apporté leur soutien au candidat sud-coréen, démolissant au passage les espoirs du candidat de Moscou.

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