Moscou en embuscade dans la crise grecque

Vladimir Poutine monte en première ligne dans le dossier grec, signalant son désir de prendre le pays frère orthodoxe sous son aile, face à une Europe hostile et décrite comme «au bord du gouffre» par les médias officiels russes. Le maître du Kremlin a été le premier chef d’Etat à appeler Alexis Tsipras au lendemain du référendum. Il a déclaré son soutien «au peuple grec» face aux «difficultés à surmonter», tout en espérant que la Grèce trouve un «compromis» avec ses créanciers.

Soucieux d’apparaître au cœur des décisions, le président russe a ensuite appelé son homologue français, François Hollande, et la directrice du FMI, Christine Lagarde, pour «discuter de la coopération de la Russie avec le FMI dans le contexte des résultats du référendum du 5 juillet en Grèce», a annoncé le Kremlin.

Athènes et Moscou se sont rapprochés depuis l’arrivée au pouvoir du parti Syriza. Vladimir Poutine fait miroiter des mois un prêt financier à Athènes et une levée sélective des sanctions visant les exportations alimentaires européennes. Gazprom promet en outre de prêter 2 milliards de dollars à Athènes pour la construction d’un gazoduc transportant du gaz russe vers une Union européenne très réticente au projet. En retour, Alexis Tsipras se rend fréquemment en Russie et critique les sanctions européennes contre Moscou dans le cadre du conflit avec l’Ukraine.

Dans le contexte d’une dégradation sans précédent des relations entre la Russie et l’Occident, Vladimir Poutine cherche à agrandir le fossé entre la Grèce et l’Union européenne, afin d’affaiblir un adversaire géostratégique. Le président russe a pris ombrage d’avoir été exclu du G8, et d’être traité comme un paria par ses pairs occidentaux. Il multiplie les efforts pour façonner un «monde multipolaire» dans lequel la Russie jouerait un rôle de pivot entre les pays développés et émergents. D’où l’enthousiasme russe pour le sommet des BRICS, qui démarre ce mercredi à Oufa (Oural). A cette occasion, la Grèce est invitée à rejoindre la Nouvelle Banque de Développement constituée par les pays du BRICS. Le vice-ministre des Affaires étrangères grec, Costas Isychos, a prudemment répondu «qu’il y avait beaucoup de travail préalable sur les détails de l’accord».

A y regarder de plus près, le rapprochement entre Moscou et Athènes ressemble à un jeu de dupes. Jusqu’ici, Moscou n’a rien prêté à Athènes et Tsipras n’a pas opposé de veto contre les sanctions, décidées à l’unanimité par les pays de l’UE. «Athènes s’efforce de profiter à la fois de Bruxelles et de Moscou», note Alexandre Tevdoï-Bourmouli, expert en relations internationales au MGIMO de Moscou. «Le Kremlin prend la chose très au sérieux, alors qu’en réalité la Grèce n’a aucune intention de sortir de l’UE et sait que sa politique étrangère est au final déterminée à Bruxelles. C’est nous [les Russes] qui ne le comprenons pas.»