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Un drapeau russe est vu au travers des barbelés entourant son ambassade à Kiev. 
© Reuters / Gleb Garanich

Russie

Moscou emprisonne un journaliste ukrainien pour espionnage

Roman Souchtchenko, accusé d’espionnage, rendait visite à sa famille vivant en Russie. Kiev dénonce une «prise d’otage»

Les services secrets russes ont emprisonné pour deux mois un journaliste ukrainien, qu’ils suspectent «d’espionnage». Depuis cinq ans correspondant à Paris de l’agence de presse ukrainienne UkrInform, Roman Souchtchenko, 47 ans, venait à peine d’arriver à Moscou lorsqu’il a été arrêté vendredi dernier par le Service de sécurité de la Fédération de Russie (FSB). Mais l’information n’a filtré que dimanche soir, après que Zoïa Svetova, une journaliste et visiteuse de prison, a fait part de sa découverte sur sa page Facebook. Elle effectuait une visite de routine dans la prison moscovite de Lefortovo lorsque le teint bronzé de Roman Souchtchenko a retenu son attention. Détail inhabituel pour un détenu et qui trahit une arrestation très récente.

«Je suis étranger. On ne m’a pas permis d’appeler chez moi, ma famille ne sait pas que je suis ici», a expliqué Roman Souchtchenko à Zoïa Svetova, intriguée aussi par l’extrême irritation du gardien de prison l’accompagnant et qui s’efforçait de mettre fin à ce dialogue. Roman Souchtchenko a juste eu le temps de décliner son identité, sa profession, de dire qu’il tombait sous l’article 276 (espionnage) et qu’il était défendu par un avocat commis d’office totalement inexpérimenté. Et surtout, qu’il était la victime de «pressions psychologiques».

Le FSB a confirmé lundi l’arrestation de Roman Souchtchenko, décrit comme «colonel du renseignement militaire ukrainien», pris en «flagrant délit d’espionnage», consistant à «rassembler des informations secrètes sur les forces armées». Le Ministère russe des affaires étrangères note que Roman Souchtchenko n’est pas accrédité comme journaliste en Russie.

«Un kidnapping»

L’épouse du journaliste arrêté, restée à Paris, a indiqué à la presse ukrainienne que son mari rendait simplement visite à des parents en Russie et qu’elle était sans nouvelles de lui depuis vendredi. «Nous sommes certains qu’il a été arrêté le 30 septembre, car c’est ce jour-là qu’il est arrivé de France», explique au Temps le journaliste Roman Tsymbaliuk, correspondant de l’agence ukrainienne UNIAN à Moscou et qui connaît personnellement Roman Souchtchenko. «Il a eu le temps de rendre visite à sa famille et a été arrêté en sortant de chez eux.» Nous n’avons pas réussi à rentrer en contact avec la famille moscovite de Souchtchenko. «J’ai l’impression qu’ils sont réfractaires à parler de ce qui s’est passé. Ils ont peur pour leur sort ou bien ont signé une promesse de mutisme», estime Roman Tsymbaliuk, notant que personne, pour l’instant, n’a été autorisé à lui rendre visite dans la prison de Lefortovo.

Lundi, Reporters sans frontières a jugé que l’arrestation d’un journaliste ukrainien «s’apparente à un kidnapping». Roman Tsymbaliuk estime que cette mésaventure «peut arriver à n’importe quel journaliste [étranger à Moscou]». Très inquiet de la tournure que prennent les événements, il dit «se préparer à une évacuation», mais «refuse de quitter le champ de bataille à la première menace».

Echanges de prisonniers

La Russie a emprisonné au moins une dizaine de citoyens ukrainiens, les uns pour «espionnage», les autres pour «terrorisme» et «séparatisme». Trois ont déjà été échangés contre des citoyens russes faits prisonniers en Ukraine, dont la célèbre aviatrice Nadia Savtchenko, libérée en mai dernier après avoir été condamnée à une peine de 22 ans, dont elle a purgé deux ans.

Sur sa page Facebook, le premier ministre ukrainien Vladimir Groysman a commenté l’arrestation en jugeant que «la Russie s’est condamnée à l’isolement». Le Ministère ukrainien de la défense a démenti toute appartenance de Roman Souchtchenko au renseignement militaire ukrainien et dénonce une «nouvelle provocation russe». Le Ministère des affaires étrangères a émis hier une note déconseillant formellement aux citoyens ukrainiens de se rendre en Russie.

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