La justice russe a lancé un mandat d’arrêt international à l’encontre de l’ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski, a déclaré le porte-parole de la commission d’enquête Vladimir Markine, que cite l’agence de presse russe RIA Novosti. Il est poursuivi pour meurtre.

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Jadis homme le plus riche de Russie, Mikhaïl Khodorkovski a été arrêté par les autorités russes en 2003, alors qu’il dirigeait le groupe pétrolier Yukos, puis condamné pour fraude et évasion fiscales à l’issue d’un procès qu’il a qualifié de manœuvre politique orchestrée par Vladimir Poutine. Il a été libéré en 2013 et est basé désormais la plupart du temps à Londres.

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La police russe a annoncé ce mois-ci avoir découvert des éléments donnant à penser que Mikhaïl Khodorkovski avait commandité en 1998 le meurtre du maire d’une ville pétrolifère de Sibérie. Elle a réclamé la tenue d’un procès. Mikhaïl Khodorkovski dément toute implication dans cette affaire.

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La victime, Vladimir Petoukhov, était le maire de Nefteïougansk, une ville où était installée une ancienne filiale du groupe pétrolier Ioukos, alors propriété de M. Khodorkovski. L’ancien chef de la sécurité de Ioukos, Alexeï Pitchouguine, a été condamné en 2007 à la prison à perpétuité pour cet assassinat.

Mikhaïl Khodorkovski est également accusé de tentative d’assassinat de Viatcheslav Kokochkine, le garde du corps de Petoukhov qui était à ses côtés le jour du meurtre, ainsi que de celles en 1998 et en 1999 de l’homme d’affaires Evgueni Rybine, directeur de la compagnie East Petroleum Handelsges basée à Vienne. L’affaire, close en 1998, a été rouverte cet été par le comité d’enquête, qui avait convoqué début décembre Mikhaïl Khodorkovski, sans succès, pour un interrogatoire.

A en croire le porte-parole du Comité d’enquête russe, Vladimir Markine, le mobile de l’assassinat était financier, car le maire demandait à Ioukos de payer des taxes dont le magnat s’affranchissait. Mikhaïl Khodorkovski a passé près de dix ans en prison après son arrestation en 2003 et sa condamnation pour «vol par escroquerie à grande échelle» et «évasion fiscale», avant d’être gracié en 2013 par le président Vladimir Poutine. Après avoir affirmé ne pas souhaiter se mêler de politique, Mikhaïl Khodorkovski a créé un mouvement destiné à rassembler les maigres forces proeuropéennes en Russie.

Intervenant après les accusations lancées par les enquêteurs russes à son encontre, l’ancien oligarque exilé avait appelé à une «révolution» en Russie, dénonçant un «coup d’État» du président Poutine dont il juge le pouvoir «illégitime». Mardi, la police russe a perquisitionné les appartements de plusieurs employés du mouvement Open Russia (Russie ouverte) de Mikhaïl Khodorkovski. Ces perquisitions sont liées à la procédure de compensation du démantèlement du groupe pétrolier Ioukos et qui a conduit ces derniers mois à la saisie d’actifs de l’Etat russe à l’étranger. Les domiciles d’au moins sept partisans de M. Khodorkovski ont été perquisitionnés.

L’homme d’affaires a dénoncé ces perquisitions, «stade final du délire» des autorités, dans une interview à la radio Echo de Moscou. «C’est assez amusant compte tenu du fait qu’aucun des employés ou militants d’Open Russia n’a travaillé pour Ioukos», a-t-il déclaré, en soulignant que la plupart d’entre eux étaient des enfants à l’époque.

En 2014, la Cour d’arbitrage de La Haye a estimé que l’Etat russe avait orchestré le démantèlement du groupe pétrolier pour des raisons politiques. En application de cette condamnation que Moscou rejette, des biens de l’Etat russe ont été depuis saisis à l’étranger, notamment en France, par les anciens actionnaires majoritaires de Ioukos. La semaine dernière, la cour d’appel de Paris a refusé de suspendre ces saisies de biens qui touchent par exemple Arianespace, Eutelsat ou la compagnie Air France.

Mikhaïl Khodorkovski, sa femme et ses enfants avaient élu domicile en Suisse après sa libération, à Rapperswil-Jona dans le canton de St-Gall. Mais depuis octobre dernier, ils n’habitent plus là-bas, a indiqué mercredi son ancien porte-parole Werner Schaeppi. Il s’est officiellement désinscrit de la commune et réside depuis à Londres.