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Un quartier d’Alep contrôlé par la rébellion. Damas s’est engagé à respecter une trêve jeudi et vendredi.
© © Abdalrhman Ismail / Reuters

Syrie

Quand Moscou met en scène l'harmonie retrouvée en Syrie pour les caméras

Les Russes qui cherchent à peaufiner leur rôle de pacificateurs en Syrie ont emmené des journalistes visiter un village en ruine de sunnites réconciliés avec les autorités. Les «villages Potemkine» ne sont pas loin

L’armée russe a emmené mercredi un groupe de journalistes dans un village au nord de Hama, récemment reconquis par l’armée régulière de son allié président syrien Bachar el-Assad. Signe que le danger d’embuscades demeure élevé, la visite a été organisée en secret depuis l’aérodrome militaire de Khmeimim, près de Lattaquié, où sont basées les forces russes. Les journalistes n’ont été informés ni de leur destination, ni du motif d’un déplacement effectué sous l’escorte de véhicules blindés légers.

Aux abords de Lattaquié, région à dominante alaouite et d’où le clan Assad est originaire, les portraits du président et de son père Hafez sont omniprésents. Parfois, la photo du président russe Vladimir Poutine figure à leurs côtés. Mais à mesure que l’on s’éloigne de la côte méditerranéenne, la population sunnite, hostile au régime, devient dominante. Plusieurs localités portent la marque de violents combats. Beaucoup paraissent quasiment vidées de leur population.

Quelques kilomètres avant de parvenir au but du voyage, le village exclusivement sunnite Kokab, on aperçoit 15 systèmes de roquettes multiples «GRAD» déployés dans un champ. Les lance-roquettes, montés sur des camions, sont pointés vers le nord. «Leur portée est de 30 km», confie un militaire russe. «Cela vous donne une idée de la distance du front». De son côté, le général Igor Konachenkov, qui dirige l’expédition, avance que l’ennemi ne serait qu’à 8 km de Kokab, d’où les mesures de sécurité.

Une foule en liesse pour accueillir la presse internationale

Cerné de vergers, ce gros bourg comptait autour de 6000 habitants avant la guerre. La plupart des maisons sont en ruine ou portent la trace d’impacts. Mais mercredi, une foule de 150 personnes en liesse accueillait le cortège de militaires russes et de journalistes étrangers. Des locaux en habits typiquement sunnites: toutes les femmes sont voilées, les hommes de pouvoir coiffés d’un turban.

Les véhicules blindés russes se garent de manière à bloquer les artères du village, pour prévenir une attaque suicide. Une poignée de fantassins russes, le visage masqué, se postent sur quelques toits entourant la cérémonie. Mais ils ne regardent guère vers la menace supposée au nord. Ils observent plutôt la foule bigarrée, constituée de civils sunnites (surtout des femmes et des enfants), de soldats de l’armée régulière, tous armés et en tenue de camouflage, de militaires russes reconnaissables à leur uniforme couleur sable et de journalistes (les seuls à porter des gilets pare-balles, sur injonction du Ministère russe de la défense).

Au milieu de la rue principale, une foule se presse pour saluer les visiteurs étrangers. On scande des slogans pro-Assad. Son portrait est brandi par des dizaines de mains. L’armée russe se met à distribuer de l’aide humanitaire depuis un camion. Sur un petit stand installé à côté d’une camionnette, un médecin militaire fournit des soins et des médicaments de base aux familles. Sous une bâche, un conseil des doyens locaux assis en demi-cercle écoute le discours d’un militaire russe vantant les efforts du président syrien pour ramener la paix.

Puis un groupe de 15 hommes aux visages cachés par des foulards viennent déposer leurs armes (des fusils d’assaut Kalachnikov). Ils sont présentés comme des combattants des groupes Al Nosra et Akhrar-ash-Cham, considérés comme terroristes par Moscou. Ils signent des papiers d’amnistie et quittent librement la tente.

Les «terroristes repentis» paraissent un peu trop confiants pour être vrais

«Vous avez devant vous la preuve que le centre de pacification mis en place par la Russie», explique Igor Konachenkov. «Ces villageois célèbrent ici leur retour dans leur village. Cela fait un an que nous négocions avec leur cheikh, qui tient le rôle d’intermédiaire entre les rebelles et le gouvernement.» Le général indique que le village n’est vraiment repassé sous contrôle gouvernemental que depuis deux semaines. Les habitants locaux parlent plutôt de plusieurs mois.

Plusieurs détails suggèrent que la cérémonie et cette foule enthousiaste participent à une mise en scène de l’armée russe, destinée à prouver son action bénéfique en Syrie. Les «terroristes repentis» paraissent un peu trop confiants pour être vrais. Quand aux «villageois» interrogés par Le Temps, ils signalent qu’ils viennent d’autres villages ou de villes des alentours. Une fois la distribution humanitaire achevée, au lieu de se disperser à travers les ruelles, la foule converge vers un parking où attentent les véhicules qui vont les raccompagner vers leurs véritables demeures.

Le village était et reste inhabitable. La confiance retrouvée des sunnites envers le régime d’Assad correspond à un récit arrangeant Moscou, mais qui reste peu crédible.

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