Union européenne

Moscou a le sommet de Riga dans son viseur

Le sommet sur le Partenariat oriental a dilué ses ambitions sous la pression de la Russie. L’Union européenne n’offre aucun espoir d’adhésion, même pas à l’Ukraine

Moscou a le sommet de Riga dans son viseur

Europe Le Partenariat oriental est forcé de diluer ses ambitions

L’UE n’offre aucun espoir d’adhésion, même pas à l’Ukraine

La Moldavie, pays d’Europe centrale, devait faire acte de candidature d’adhésion à l’Union européenne (UE) lors du 4e sommet du Partenariat oriental qui a lieu ces jeudi et vendredi à Riga, capitale de la Lettonie. Mais la semaine passée, sa ministre des Affaires étrangères, Natalia Gherman, a indiqué que son pays battait en retraite.

Cette décision n’est pas étrangère aux menaces proférées à plusieurs reprises ces dernières semaines par le ministre russe des Affaires étrangères. Sergueï Lavrov a affirmé que Moscou n’accepterait aucune décision à Riga qui irait à l’encontre de ses intérêts. La Moldavie, pourtant très europhile, veut éviter un scénario à l’ukrainienne et payer cher pour son rapprochement avec l’UE. Une forte minorité russe peuple la Transnistrie, région à l’est de la Moldavie, un alibi que pourrait utiliser Moscou pour déstabiliser la Moldavie. Comme l’Ukraine. Dans la foulée de l’accord d’association signé l’an dernier entre Bruxelles et Kiev, la Russie a annexé la Crimée et soutient les indépendantistes dans le Donbass.

Les dirigeants européens seront rejoints par leurs homologues de six pays d’Europe centrale qui font partie du Partenariat oriental, à savoir l’Ukraine, la Moldavie, l’Arménie, la Biélorussie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Tout indique qu’ils prennent les menaces russes au sérieux. Ils renonceraient ainsi à toute décision importante. En outre, ils ne donneraient pas de perspective d’adhésion à aucun des six pays de l’ex-URSS. Le projet d’exempter les Ukrainiens et les Géorgiens de visa pour voyager au sein des Vingt-Huit serait reporté. En revanche, en début de semaine, Moscou a donné le feu vert à l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange UE-Ukraine à partir du 1er janvier 2016. Contre la promesse d’obtenir des réparations au cas où ses propres échanges seraient affectés de façon négative.

Pour Steven Blockmans, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS), un centre d’analyses politique et économiques basé à Bruxelles, il n’y a pas doute que l’ombre de la Russie plane sur le sommet de Riga. Et d’ajouter que l’UE est elle-même divisée sur l’attitude à adopter face à une Russie belligérante.

Le Temps: Le Partenariat oriental est-il un projet dépassé?

Steven Blockmans: Non. Cela voudrait dire qu’il serait démantelé à Riga. Ce ne sera pas le cas. Mais il est vrai qu’au fil des semaines l’UE a réduit ses ambitions. Ce sera la grosse déception, surtout pour les Ukrainiens qui rêvent de devenir Européens.

– Pourquoi l’UE fait-elle machine arrière?

– Quelques membres, et pas des moindres, comme l’Allemagne et la France, ne veulent pas ouvrir les portes de l’UE aux six pays. En tout cas pas pour l’instant. Par ailleurs, d’autres pays comme la Hongrie, la Grèce et Chypre sont opposés à la politique d’isoler la Russie. Il n’empêche qu’à Riga, les six pays seraient rassurés de la volonté de l’UE d’approfondir ses relations avec eux, malgré la pression russe.

– De quelles pressions s’agit-il?

– Elles sont multiformes. La pression militaire est forte contre l’Ukraine tant dans le Donbass qu’en Crimée, que Moscou a annexée l’an dernier en violation du droit international. Des sanctions commerciales russes frappent l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie. Il faut savoir que ces pays ont une longue tradition d’échanges avec la Russie. L’Arménie refuse un accord d’association avec l’UE par crainte de représailles russes. La Biélorussie est aussi très dépendante de la Russie. Il n’y a que l’Azerbaïdjan qui soit moins susceptible de céder aux pressions russes. D’une façon ou d’une autre, les relations sont asymétriques entre la Russie et ses voisins orientaux.

– Que peut faire l’UE à ce propos?

– Militairement, rien. Elle n’a pas envie de s’impliquer dans un conflit militaire contre la Russie. Sur le plan économique, elle a baissé ses propres droits de douane lorsque la Russie les a augmentés sur les produits moldaves. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’en Russie un seul chef décide tout, alors qu’en Europe ils sont vingt-huit.

– Les sanctions contre la Russie ne sont-elles pas efficaces?

– Selon des témoignages d’économistes et de politiques russes, les sanctions ont des conséquences désastreuses sur le pays. La situation s’est aggravée avec la chute des prix des produits énergétiques dont la Russie est exportatrice. Elles n’ont toutefois pas encore réussi à faire plier Moscou.

Publicité