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Moscou va renforcer sa force de frappe nucléaire

Le président Vladimir Poutine annonce le déploiement de 40 missiles nucléaires supplémentaires pointés sur l’Europe

Moscou va renforcer sa force de frappe nucléaire

Russie 40 missiles supplémentaires

Vladimir Poutine a annoncé mardi soir que son arsenal nucléaire se renforcera de 40 nouveaux missiles balistiques intercontinentaux «pointés sur les territoires d’où viennent les menaces». Un discours prononcé lors de l’inauguration d’un salon militaire près de Moscou. Selon le président russe, son pays doit se défendre avec «sa force de frappe s’il est menacé», car «l’OTAN arrive» à ses frontières.

Washington envisage en effet de déployer des chars et jusqu’à 5000 soldats dans les pays Baltes et en Pologne. Toute l’Europe de l’Est et du Nord s’inquiète de l’activité militaire russe en Ukraine, ainsi que des incursions de plus en plus fréquentes de bombardiers et de sous-marins russes dans toute la région.

«Cendres radioactives»

Moscou souffle le chaud et le froid pour semer la confusion dans le camp adverse, ce qui est devenu sa stratégie depuis le début de 2014. Le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov a déclaré mercredi que la Russie est opposée «par principe» à toute nouvelle course aux armements avec les Etats-Unis. Lors de sa récente visite en Italie, la semaine dernière, Vladimir Poutine avait affirmé que «la Russie n’est pas favorable à une confrontation. Au contraire, nous recherchons des relations constructives et mutuellement bénéfiques».

A la télévision russe, le ton n’est pas au pacifisme. Experts et présentateurs se gargarisent de la puissance militaire russe, capable de «réduire les Etats-Unis en cendres radioactives», selon l’expression désormais célèbre du patron de l’agence de presse officielle Rossiya Segodnya.

Le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg a immédiatement qualifié de «rodomontades» les propos de Vladimir Poutine. Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s’est désolé le lendemain que «vieux réflexes [de la Guerre froide] soient toujours vivaces» et a estimé que l’annonce du chef du Kremlin «est inutile et ne contribue certainement pas à la stabilité et à la détente en Europe».

La dégradation des relations entre l’Occident et Moscou remonte au conflit russo-géorgien de 2008, mais s’est brusquement accélérée en mars 2014 avec l’annexion russe de la Crimée. En parallèle, Moscou a renié le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire signé avec Washington en 1987, car, selon Vladimir Poutine, «il ne sert pas les intérêts stratégiques de la Russie». Le traité est considéré par les Américains comme violé depuis juillet 2014.

Pour Alexandre Golts, un journaliste russe spécialisé dans les affaires militaires, «la nouvelle Guerre froide a déjà commencé, car les désaccords ne sont plus solvables par les canaux diplomatiques. Le Kremlin peut être fier: après une décennie de menaces, on le prend enfin au sérieux». Selon une source diplomatique européenne, «Vladimir Poutine poursuit sa tactique d’intimidation, en ayant toujours un pas ou deux d’avance sur ses adversaires». Mais transformer l’escalade rhétorique en course aux armements pourrait conduire Moscou dans une impasse similaire à celle de l’URSS au milieu des années 1980: l’économie russe semble être entrée dans une longue phase de stagnation.

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