Il l'avait d'abord évoqué lors de sa première visite officielle en Allemagne et lors du Sommet Union européenne-Russie, avant de le présenter aux ambassadeurs russes voilà quelques semaines: le nouveau pacte de sécurité devrait constituer le cœur de la politique étrangère du président Dmitri Medvedev. Ce mardi, c'est l'ambassadeur russe auprès de l'OTAN qui, pressé de questions, a fait savoir que ce fameux pacte serait présenté à l'organisation atlantique en septembre. Quelles ambitions nourrissent le Kremlin avec ce projet diplomatique, alors que les relations de Moscou avec les capitales occidentales sont tendues?

De Vancouver à Vladivostok

«Il faut envisager une zone unifiée entre Vancouver et Vladivostok, créer une association d'égaux entre la Russie, l'Europe et l'Amérique du Nord, les trois subdivisions de la civilisation européenne», avait déclaré Dmitri Medvedev à Berlin. Au-delà de ce vaste programme, les buts de ce pacte sont nettement pragmatiques. Depuis l'arrivée aux affaires de Vladimir Poutine en 2000, la politique étrangère russe se concentre sur deux axes majeurs: contenir l'expansion de l'OTAN sur le territoire ex-soviétique - son ancienne chasse gardée - et tirer profit de ses énormes quantités de matières fossiles pour tenter d'influencer la politique de ses voisins et des pays européens à son égard, des Etats qui dépendent fortement du gaz et du pétrole russes.

Après l'adhésion des républiques baltes à l'UE et à l'OTAN, les «révolutions de couleurs» en Ukraine et en Géorgie et leur désir d'adhérer à cette organisation ainsi qu'à l'OSCE - également issue de la Guerre froide et perçue par la Russie comme une structure pro-occidentale - Moscou a fini par se convaincre que les institutions euro-atlantiques étaient essentiellement dirigées contre elle. Le projet américain de bouclier antimissiles, installé à ses portes, n'a rien fait pour calmer ses inquiétudes.

Face à ces «menaces», le pacte de sécurité de Medvedev aurait le mérite de «noyer le poisson» en ajoutant une nouvelle structure, sur laquelle Moscou aurait davantage de contrôle. On chuchote également qu'une telle institution pourrait servir de cheval de Troie aux grandes entreprises énergétiques russes, dans leur lutte pour l'acquisition de nouveaux marchés en Europe.

Ballon d'essai

Mais le projet a peu de chances d'être soutenu par les partenaires de Moscou. Déjà tièdes face à une Russie dont la diplomatie est jugée agressive depuis l'arrivée de Vladimir Poutine, les Européens risquent de ne pas vouloir ajouter un étage aux institutions déjà existantes. D'autant plus que le pacte semble vouloir englober l'ensemble des questions qui fâchent, de la politique énergétique aux conflits régionaux.

Au Kremlin, personne n'est naïf quant à l'accueil international de ce grand projet diplomatique. Mais il a au moins deux avantages pour Moscou: servir de ballon d'essai pour voir jusqu'où l'Europe est prête à aller avec la Russie, et, peut-être, constituer une monnaie d'échange dans ses négociations avec l'Occident.