Tour à tour, ces derniers temps, il les a accusés d'être une puissance arrogante, hypocrite, coloniale, guerrière et aventurière. Mais c'est la semaine dernière, lorsque Vladimir Poutine a comparé les Etats-Unis au Troisième Reich allemand, que les Américains se sont rendu compte à quel point leurs relations avec la Russie s'étaient dégradées. «Nous voulons une Russie forte, répliquait sur la lancée Daniel Freid, le responsable au Département d'Etat pour les affaires européennes. Mais une Russie du XXIe siècle, pas du XIXe.»

C'est avec ces aménités en toile de fond que Condoleezza Rice a rencontré mardi près de Moscou le président russe. «Je lui ai dit que ce genre de rhétorique n'était pas très utile, a expliqué ensuite la secrétaire d'Etat. C'est assez gênant pour les Américains qui font de leur mieux pour maintenir une relation calme.»

De leur mieux, vraiment? Parmi les nuages qui se sont accumulés entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide figure la question du bouclier de défense antimissile, que les Etats-Unis veulent installer en partie en Pologne et en République tchèque. Ces installations qui visent à arrêter d'éventuels missiles iraniens ne concernent pas directement la Russie +mais, comme l'ont reconnu par la suite des officiels américains, l'avis de Moscou n'a jamais été véritablement pris en compte dans les discussions.

«Réduire les malentendus»

Or le temps presse pour George Bush. Non pas tant à cause de l'imminence de la menace iranienne mais plutôt du fait que le président américain souhaite inscrire ce chapitre dans son «héritage» avant la fin de son mandat en novembre de l'année prochaine. «Nous sommes prêts à entamer des discussions pour réduire les malentendus», a rassuré «Condi» Rice, mais en excluant toutefois fermement à la Russie un «droit de veto» sur les affaires de sécurité américaines.

Son droit de veto, la Russie pourrait en revanche en faire usage à propos du Kosovo, l'autre grand sujet qui divise actuellement Russes et Américains. Moscou ne veut pas entendre parler d'un plan débattu aux Nations unies qui donnerait à la province serbe un statut de quasi-indépendance sous supervision de l'Union européenne. La visite de Condoleezza Rice n'a pas contribué à aplanir les divergences. D'autant qu'il restait encore à l'Américaine à évoquer sa préoccupation sur les mesures prises en Russie contre l'opposition et les médias indépendants.

Des différends en cascade, tout juste atténués par les sourires diplomatiques. A tel point que «Condi» Rice en est venue à lâcher cette phrase, révélatrice d'un état d'esprit: «Nous n'avons pas une relation qui serait comparable à celle que nous avions avec l'Union soviétique.» Pas encore?