Elle hésite juste sur les détails les plus sensibles, laisse le président relire l’ordonnance de renvoi sur «les pratiques contre-nature» demandées par Dominique Strauss-Kahn lors de leurs relations intimes à l’hôtel Murano à Paris, en juillet 2010. Juste avant, le président du Tribunal a fait répéter à Mounia les dates, notant des imprécisions. Puis il a détaillé le rôle de chacun: celui des filles «venues pour que tout soit bien» pour Dominique Strauss-Kahn, celui des «organisateurs et payeurs» David Roquet et Fabrice Paszkowski, celui de l’accompagnateur (et policier) Jean-Christophe Lagarde.

Il est près de 11h30. Accusé de «proxénétisme aggravé», Dominique Strauss-Kahn a redit, un peu plus tôt à la barre, qu’il «ignorait tout du caractère prostitutionnel» des relations intimes qu’il reconnaît avoir eues avec les femmes citées par les magistrats. A ce moment, la première séquence carrément sexuelle intervient. L’on monte, par témoignage interposé, dans la suite de l’hôtel Murano où DSK aurait, contre sa volonté, poursuivi l’acte dont elle ne voulait pas. Du respect? «Oui, il y en avait autour du buffet à l’hôtel» affirme cette jolie brune qui dit avoir su dès le début qu’elle venait pour l’ancien ministre des Finances, et que personne ne pouvait ignorer que les filles présentes l’étaient contre rémunération. Après? «J’ai dit que j’avais très mal. J’ai beaucoup pleuré. Mais ce n’était pas de la violence, plutôt un rapport de force. Il était souriant, du début à la fin»

On croit à la force de l’accusation, à un début de dérive qui risque d’engloutir DSK et ses complices de soirées «libertines» sous une vague de dépravations. Et voilà que le président Bernard Lemaire redonne soudain un coup de barre dans l’autre sens. Après les larmes de Mounia, le juge lit les dépositions des autres filles, dont plusieurs soulignent la «courtoisie» de l’ancien patron du FMI. On passe de prostitution à libertinage. On entend les mots «plaisir», «aventure», «fun». L’argent, dont Mounia ne cesse de redire qu’elle avait tant besoin, semble d’un seul coup disparaître des autres dépositions. Premier virage. L’une des avocates de DSK, Frédérique Beaulieu, intervient pour redire que Mounia n’était là, au Murano, «qu’une seule fois», et lui relire certains de ses propos antérieurs aux juges d’instruction, faisant état d’un couple amoureux pendant les ébats. Jade, une autre fille, vient à la barre pour expliquer des confusions de noms, parler d’une autre Mounia… Le flou reprend ses doits après les affirmations initiales.

Dominique Strauss Kahn, aux côtés des autres prévenus, lève les yeux, soupire, donne l’impression de réfléchir. Il a, dès son arrivée dans la salle d’audience à 9h30, rappelé qu’il est accusé pour un total de sept soirées «libertines» seulement en quatre ans, entre 2008 et 2011. Objectif: éviter toute impression de frénésie sexuelle. A aucun moment, pour cette première matinée de déposition, les filles auditionnées n’ont affirmé qu’il a participé, ou eu connaissance directe, de leur paiement. Le vice-président du Tribunal pilonne sur la tenue de Mounia qui insiste pour dire qu’elle n’était pas habillée comme une prostituée. Question à la jeune femme: «Comment, alors, DSK pouvait -il savoir quelle était votre situation?» Réponse: «Pour moi, c’était clair, j’étais là comme prostituée. Il y a aussi sa manière de faire. Je me suis sentie comme un objet. il n’y a pas eu de plaisir». Quels propos a-t-elle échangés avec DSK? «Je lui ai dit que j’avais une formation de secrétaire bilingue, que j’étais mère de famille..». «Pour moi, tout le monde savait. J’étais là pour l’argent, c’était clair.» répète-t-elle. Clair pour elle. Mais pour lui? La bataille judiciaire sur le sujet ne fait que commencer. Le président du tribunal, plongé dans le dossier, donne l’impression de ne rien vouloir lâcher.