Burghard B. est depuis jeudi en détention provisoire. Le Ministère public est convaincu qu’à 66 ans, celui que ses adeptes appellent «le druide» Burgos von Buchonia, ferait partie d’une organisation terroriste qui projetait des attentats contre les forces de l’ordre, des réfugiés et des intérêts juifs en Allemagne. Il avait été arrêté mercredi dans le cadre de vastes perquisitions visant à travers le pays les milieux d’extrême droite proche des «Reichsbürger». Des armes et des explosifs ont notamment été confisqués.

Les «Reichsbürger» – littéralement les «citoyens du Reich» – ne reconnaissent pas l’existence de la République fédérale d’Allemagne en tant qu’Etat et s’en tiennent aux frontières de 1937, qui englobent une grande part de l’actuelle Pologne. Ils sont regroupés en associations telles que «le gouvernement en exil de l’Empire allemand», «le Royaume d’Allemagne» ou «la République libre d’Allemagne».

«Ils ont perdu le sens des réalités»

«Les Reichsbürger ont un point commun, ils ont perdu le sens des réalités», estime Reinhard Neubauer, fonctionnaire du Land de Brandebourg et co-auteur d’un livre destiné à ses pairs confrontés au quotidien, comme lui, au flot de courrier de ces citoyens procéduriers, qui refusent de payer impôts, amendes, ou cotisations, impriment leurs propres papiers d’identité ou leurs permis de conduire et bricolent leur propre plaque d’immatriculation. «Certains le font par idéologie, d’autres pour ne pas payer, tout en percevant les indemnités chômage d’un Etat qu’ils ne reconnaissent pas!»

Longue chevelure blanche en bataille, barbe à la Panoramix, l’ancien vendeur en assurances Burgos von Buchonia était observé depuis des mois par les services de renseignements allemands BfV pour son activité intense sur Internet. «L’islamisation de l’Allemagne a au moins cela de bon qu’elle nous débarrassera de la théorie des genres, de l’homosexualisation de la société et de cette crasse de gauche», estime-t-il dans l’un de ses nombreux messages sur la toile.

10 000 sympathisants

Le procureur fédéral est convaincu que Burghard B. – sous son aspect hurluberlu — est un adepte du mouvement des «Reichsbürger», dont l’influence ne cesse de croître en Allemagne. Selon le président du BfV, Hans-Georg Maassen, les «citoyens du Reich» seraient 10 000 à travers le pays, dont 500 à 600 proches des mouvances d’extrême droite et prêts à recourir à la violence. «Le mouvement des Reichsbürger exerce un fort pouvoir d’attraction et ne cesse de gagner de nouveaux membres», avertit le BfV, qui dénonce également l’organisation en réseaux de cette mouvance. Selon les estimations, 10% des Reichsbürger possèdent un permis de détention d’armes, un pourcentage largement supérieur à la moyenne nationale.

«Pendant longtemps, l’Allemagne a négligé le potentiel de nuisance de ces excentriques et râleurs», explique Jan Rathje, un expert de l’extrême droite au sein de la Fondation Amadeu-Antonio, dans une brochure consacrée à cette mouvance. Le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, avait demandé en novembre aux forces de l’ordre de renforcer la surveillance de la mouvance.
Deux incidents fin 2016 avaient attiré l’attention des forces de l’ordre et de l’opinion sur ce mouvement jusqu’alors inconnu du grand public. En août dernier, Adrian U., ancien premier prix d’un concours de beauté masculine, a été grièvement blessé lors d’un échange de tir avec les policiers venus saisir sa propriété de Saxe-Anhalt en ex-RDA, pour arriérés d’impôts; en octobre, Wolfgang P. avait tué un policier d’une unité d’élite venue saisir les armes cachées chez lui dans le nord de la Bavière.