Quarante-huit heures pour régler un problème qui remonte à un demi-siècle. C'est le temps que s'est donné un groupe de travail de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour avancer sur la question de l'emblème israélien, l'étoile de David, non reconnu à ce jour. Car désormais le temps presse. Yasser Arafat a laissé entendre qu'un Etat palestinien pourrait être proclamé avant la fin de l'année. Dans la foulée, le Croissant-Rouge palestinien serait admis immédiatement au sein de la Fédération de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, alors que la section israélienne continuerait d'être tenue à l'écart.

Au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le porte-parole Urs Boegli reconnaît «le sentiment d'injustice» que peuvent éprouver les Israéliens. Considération supplémentaire qui a joué son rôle: la Croix-Rouge américaine est montée au créneau. Elle menace de ne plus payer ses contributions (7,2 millions de francs, soit 25% du budget versé par les sections nationales à la Fédération) si la section israélienne, le Magen David Adom (MDA), n'est pas pleinement reconnue. La perspective d'une année électorale américaine et le risque que cette affaire ne dégénère en «cause célèbre» ont contribué à mobiliser les énergies. Ce n'est donc pas une totale coïncidence si le nouveau président du CICR, Jakob Kellenberger, a décidé que ce dossier devait désormais trouver sa solution sans attendre.

Emblème «mixte»

Depuis 1929, le croissant rouge ainsi que les lion et soleil rouge de la Perse ont été reconnus comme emblèmes. Mais du fait du conflit israélo-arabe, le MDA n'a jamais pu appartenir au Mouvement. Le processus de paix a changé la donne. C'est dans ce contexte de détente que le CICR devrait donc proposer aujourd'hui une solution, dite «de compromis». A côté de la croix rouge et du croissant rouge serait créé un troisième emblème neutre, vraisemblablement un diamant rouge, dont la partie inférieure comprendrait l'étoile rouge à six branches du MDA. Ce nouvel emblème pourrait aussi satisfaire deux pays dont la population est chrétienne et musulmane, le Kazakhstan et l'Erythrée, qui souhaitent appartenir au Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, en arborant un emblème «mixte». La partie inférieure du diamant accueillerait les deux signes, ce qui est pour l'heure non admis par le CICR et la Fédération.

Le diamant aurait aussi l'avantage de pouvoir accueillir d'autres emblèmes religieux, éventuellement hindouiste ou bouddhiste. Le Sri Lanka a abandonné l'idée d'un symbole qui ressemblait à celui d'un svastika, mais d'autres propositions pourraient venir ultérieurement. Le CICR et la Fédération défendent l'idée du diamant, car ils ne veulent pas «multiplier le nombre d'emblèmes, ce qui aurait pour effet de diminuer leur protection». «Notre boulot est de sauver des vies, et d'avoir l'emblème qui nous assure le plus de protection pour le faire», explique Ian Piper, de la Fédération. La solution du diamant aurait en effet l'avantage de satisfaire le CICR dans certaines régions conflictuelles ou intégristes où il opère, comme la Bosnie, le Kosovo, l'Afghanistan…

Reste à savoir si les Israéliens et les Américains pourraient accepter cette solution de compromis, en lieu et place d'une reconnaissance pure et simple de l'emblème du MDA comme ils le souhaitent au nom de l'égalité de traitement. «Pourquoi les Israéliens devraient-ils accepter d'être traités comme une bête bizarre, alors que les pays chrétiens et musulmans peuvent arborer entièrement la croix et le croissant rouges?» fait valoir un observateur. A la Mission d'Israël à Genève, on explique que «l'affaire dure depuis cinquante-deux ans et qu'il est temps de trouver une solution temporaire, avant d'arriver à une solution définitive par consensus, qui peut prendre beaucoup de temps». L'Etat hébreu souhaite donc que la section israélienne puisse – sur une base temporaire – adhérer tout de suite au Mouvement, «et pourquoi pas aussi le Croissant-Rouge palestinien», ajoute le diplomate israélien.

Le CICR s'abrite derrière ses statuts pour rejeter cette idée. «Attention, ne tombons pas dans le piège d'un juridisme excessif, alors que tout le monde est d'accord de ne plus exclure la section israélienne. Après un demi-siècle d'impasse, faites en sorte que les Israéliens ne soient pas obligés de patienter dans une salle d'attente à l'extérieur, mais à l'intérieur du Mouvement», prévient un diplomate de l'Etat hébreu. Pour le moment, le processus de décision semble aussi impénétrable que le choix d'un nouveau pape. Le groupe de travail qui va se réunir jeudi et vendredi dans la confidentialité la plus absolue devrait faire connaître ses propositions à une commission permanente qui elle-même décidera de la marche à suivre.